Compagnie Sambre

Sambre est une compagnie de théâtre professionnelle, implantée en Ile de France.
Notre recherche artistique porte essentiellement sur les écritures contemporaines (textes d'auteurs d'aujourd'hui, écritures vives, recueil de paroles, ...). Notre travail de création est développé dans un souci d'ouverture et d'échange avec tous les publics.


Saison 2007-2008
Tendresse, douceur et compassion au Théâtre de l'Est Parisien
Avec le couteau le pain au Théâtre de l'Est Parisien et en tournée
Immortelle exception en tournée


La Cie Sambre est soutenue par la DRAC et la Région Ile de France, le Conseil Général du Va d'Oise, la Ville de Fosses

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Commentaires Récents

Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 15:00
 
AVEC LE COUTEAU LE PAIN
2006-2007
 
 
«… C’est à ne pas manquer…Carole Thibaut, aussi metteur en scène, a eu la judicieuse idée d’emprunter à l’esthétique du cinéma expressionniste allemand pour nous tendre des visions, effarées et nimbées de burlesque, à hauteur d’enfant. Visions trempées dans les eaux de la mémoire, du fantasme, de la peur, du conte enfin…Un sans-faute, vraiment, que ce Avec le couteau le pain »
L’Humanité,  Aude Brédy– mars 07
 
  «…Carole Thibaut a l’heureuse idée de court-circuiter la psychologie et d’emprunter au conte. Elle observe ses personnages par le miroir déformant du regard de l’enfant, où fantasmes, rêves et cauchemars se collent sur la réalité. Leurs comportements échappent à la logique des causalités et n’en frappent la conscience qu’avec plus de violence. La mise en scène vient habilement soutenir l’écriture : jeu stylisé, espace démesuré, théâtre d’ombres détournent toute tentation réaliste… »
La Terrasse, Gwénola David – mars 07
 
«… écrit et joué sans fioriture… la démonstration est cinglante… »
Témoignage chrétien, Jean-Pierre Han – février 07
 
«… la pièce se suit comme un récit passionnant dont le spectateur ne peut se défaire avant d’en savoir le dernier mot… »     
La république du Centre – février 07
 
« Jeune auteure et metteure en scène, à suivre, Carole Thibaut s’introduit dans le cercle des névroses familiales et dégomme le despotisme paternel. »
20 minutes - mars 07
 
«…Loin de seulement interroger, entre farce et tragédie, la violence quotidienne, Carole Thibaut a écrit un texte qui vaut comme satire au vitriol de tous les despotismes… »
Théâtre on Line, Catherine Robert – juin 06
 
« Dans Avec le couteau le pain, […] l’écriture de Carole Thibaut […] a la sobriété et l’efficacité d’un scalpel qui dissèque le mécanisme de l’oppression sans complaisance pour dénoncer la violence érigée en système de valeurs. La mise en scène et la scénographie, très originale, entre burlesque et fantasmagorie, restituent de manière très prégnante l’univers animiste de l’enfance, prisme par lequel passe cette satire douloureuse mais totalement indispensable et réussie. »
www.froggydelight.com - février 07
 
« Une beauté, une justesse et une poésie qui décuplent la violence des situations. Formidable… »
www.flucuat.net - mars 07
 
 
 
COMMENT TE LE DIRE ?
2006-2007
 
La mise en scène de Carole Thibaut s’amuse de ce va et vient entre jeu et vidéo… déjanté souvent, touchant la plupart du temps, Comment te le dire se joue des apparences. Passé l’exubérance, le spectacle s’adresse à nos sentiments, comme au monde tel qu’il est, sans concessions. 
ARTE, Le journal de la culture
 
Iconoclaste, grossier, politiquement incorrect, railleur, persifleur : Llamas dénonce les impostures existentielles et Carole Thibaut en orchestre l’éructation en un show salvateur et détonant.
La Terrasse, Catherine Robert
 
Guillaume Veyre, acteur d’exception, tata pittoresque et incisive, se livre au plus intime, donc au plus politique, au travers de Comment te le dire ? […] Il faut du courage, de l’engagement, de la folie aussi pour rendre hommage à Llamas en jouant ce texte. Merci à Carole Thibaut.  
Têtu, Hervé Pons
 
PUISQUE TU ES DES MIENS
2004-2005
 
Aucun documentaire, aucun reportage, aucune enquête à ce jour ne nous ont, comme ce spectacle, dit la réalité du monde où nous vivons, à quelques petites heures d'avion du Théâtre de l'Opprimé.
Cette pénurie des médias est d'autant plus criante que Carole Thibaut, dans sa mise en scène, rigoureuse et intense, a mêlé théâtre et vidéo. La scène donne vie à l'écran et l'écran du recul à la scène. Spectateurs, on est dans un no man's land où ne règne plus que la fantastique lucidité de Daniel Keene.
France Inter, Jean-Marc Stricker
 
Une tragédie contemporaine écrite par Daniel Keene et mise en scène par Carole Thibaut où s'entrecroisent réalisme et poésie, où se répondent travail sur scène et images vidéo.
Les Inrockuptibles
 
...Deux équipes distinctes de comédiens se partagent ces deux univers (la scène et la vidéo). Elle est sûrement là la grande beauté de ce travail, dans la variété des propositions que font les acteurs, aiguillés par une mise en scène qui refuse le propos à sens unique. Parce que tu es des miens.
La Tribune, Hervé Pons
 
La très bonne idée de la metteur en scène est de scinder l´enfer en deux, en confiant l´angoisse des futures victimes à la caméra et en réservant le plateau aux trépassés. La mise en parallèle de ces deux niveaux, où la direction d´acteurs est pareillement impeccable, produit un effet intéressant et dramatiquement très efficace. (…) Carole Thibaut est économe dans la démonstration de l´horreur et seuls les mots, portés par des comédiens à la force, à la précision, à la pudeur et à la justesse incroyables, permettent d´exprimer l´inimaginable. (…) Hommage à l´humain qui demeure sous son masque d´épouvante, Puisque tu es des miens apparaît comme la suite indispensable de Si c´est un homme.
La Terrasse, Catherine Robert
 
 
ICI, AUJOURD’HUI
2003-2005
 
 
… Le choc est frontal. Sous nos yeux, un homme et une femme se jettent des mots comme ils se lancent des coups. Leurs propos nous attaquent de plein fouet. De véritables couperets, des textes forts, à l'écriture contemporaine, acérée, tranchante, qui nous submergent littéralement… 
Pariscope (Coup de cœur)
 
… Chaque texte a une identité et une forme. Mais un objet apparaît dans tous. Il s'agit d'un couteau, qui voyage ainsi d'un univers à l'autre. Une lame qui menace et peut même trancher…
Le Monde – aden
 
 
… Installation bi-frontale d'une salle voyeuriste, organisation bifocale de l'espace scénique : les comédiens avancent et reculent au gré des parades, des ravissements et des affrontements, sur le rectangle confiné du ring amoureux. Mais au fur et à mesure, et parce que le jeu évite les pièges de l'ostentation, la distance entre la salle et la scène se réduit jusqu'à l'empathie : le public, projeté au cœur de l'intime, est aspiré par les drames auxquels il a l'impression de participer dans sa chair (…) Pour jouer la violence sans écœurer ni agacer, pour montrer la subtile angoisse cachée derrière tout échec du rapport à l'autre, il faut des comédiens sensibles et rigoureux. Tel est le cas de Carole Thibaut et de Jean-Charles Chagachbanian, jamais vulgaires dans la bassesse, toujours mesurés dans l'excès, sachant conserver la distance qui sied à l'évocation des sévices conjugaux et de l'indécence scandaleuse des cœurs errants. Evidemment complices, sachant éviter le pathos et la facilité larmoyante, les deux acteurs proposent une virée émétique dans l'univers sans issue de la haine ordinaire et de son mécanisme destructeur. Un spectacle bouillonnant et précis, ne pactisant pas avec ce qu'il dénonce et provoquant crainte et tremblements : comme toujours lorsque la tragédie est réussie !
La Terrasse - Catherine Robert
 
 … Dispositif d'une efficacité redoutable : on prend ces textes en plein visage, on n'en sort pas indemne.
Le 18ème du mois
  
Par Compagnie Sambre - Publié dans : créations
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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 14:57
L'auteur - Armando Llamas
  Armando.jpg
        “....Il avait cinquante-trois ans, et beaucoup de bons et loyaux services rendus dans le monde du théâtre, dans lequel il fut en même temps auteur dramatique, essayiste, critique, traducteur, adaptateur, bref brillant touche-à-tout, si l’on ôte à l’expression ce qu’elle conserve de stupidement péjoratif. Né à Santibanez del Bernesga, un trou en Espagne d’à peine cent cinquante habitants, il eut à l’âge d’un an la chance que ses parents partent pour l’Argentine. C’est là-bas qu’à tous égards il s’est formé, devint lui-même, tâta de l’art et de la vie nocturne. Il retrouve l’Europe en 1970, y voyage, se fixe à Paris trois ans plus tard. Il écrit dans des journaux (Combat, Libération), participe à l’administration et aux publications de plusieurs théâtres (dont celui de la Colline sous le règne de Jorge Lavelli), assiste Claude Régy dans certaines de ses mises en scène, écrit enfin ses propres textes : Images de Mussolini en hiver, texte repéré dès 1984 par Micheline et Lucien Attoun, Gustave n’est pas moderne, que Philippe Adrien mettra en scène, Lisbeth est complètement pétée, qui passionna Michel Dydim, ou encore, entre autres, ces Quatorze Pièces piégées que Stanislas Nordey prit un malin plaisir à monter. La première oeuvre jouée d’Armando Llamas, Aux limites de la mer, avait été mise en scène par Catherine Dasté. Catherine Ringer et Fred Chichin, les Rita Mitsouko en devenir, étaient de la distribution, ayant en commun avec Llamas une juste prédilection pour la danseuse Marcia Moretto, celle qui devint comme la marraine de cette magnifique chanson rythmée, Marcia Baila, et pour qui Llamas n’écrivit pas moins de cinq spectacles. Il est resté un jeune homme toute sa courte vie, avec une brillante inspiration noire, une intranquillité joueuse, un peu dansée.”
 
Extrait de l’article de Jean-Pierre Léonardini,
paru dans l’Humanité du 2 juin 2003,
 quelques jours après la mort d’Armando Llamas



la vidéo
 
Autour de la création du spectacle, un travail a été mené avec les habitants de Fosses afin de réaliser la vidéo qui constitue la première partie de la pièce. Cette vidéo, issue d’une réflexion menée avec un groupe de jeunes adultes sur leur ville ou leur « espace vécu », sert de référent à une action qui peut être reconduite dans d’autres lieux de représentation.
Elle s’inscrit dans un travail global d’action artistique et d’accompagnement que mène depuis toujours la Compagnie Sambre autour de ses créations.

voir aussi la revue de prsse...
 
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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 14:50
P2070022.JPG Immortelle exception a été écrit en résidence au CNES (Centre National des Écritures du Spectacle) – La Chartreuse, en mai 2005. Il a été créé en février 2006 à l’Espace Germinal de Fosses, lors d’une mise en chantier de trois textes contemporains, puis repris au Lavoir Moderne Parisien en février 2007. 
 
Présenté sous forme d’une conférence tronquée, ce spectacle de « petite forme » a été créé pour être joué partout, dans des salles équipées ou non équipées, salles de classes, levers de rideaux, etc… Il a notamment été représenté en 2006 au Lycée Charles Baudelaire de Fosses.
 
Le propos
 
Il s’agit  d’un conférencier sur le retour et de son assistante Clara qui parcourent les salles des fêtes, les campagnes et petites villes de banlieue afin de dispenser les théories élaborées par le conférencier. De digressions en coups de sang, ils tentent tant mal que bien de mener à son terme cette démonstration « qui ne cherche rien à démontrer d’autre que ce par quoi elle avait commencé ». Se servant de la métaphore philosophique du « mollusque à ventre mou accroché à son rocher », le conférencier fou assène de fausses contrevérités (!) à « l’être nain », sur l’amour, la politique, le monde du spectacle, molestant et secouant son public sans vergogne, afin de bien lui faire entrer dans la tête que tous les malheurs de l’humanité viennent de son sentiment ridicule d’immortalité ou, en d’autres termes, d’Immortelle exception. Ce spectacle a été bâti autant sur le plaisir gourmand des mots que celui du jeu des acteurs-complices, avec une furieuse envie de donner un coup de pied jubilatoire dans quelques idées reçues…



la distribution

Texte et mise en scène / Carole Thibaut

Maxime Leroux / le conférencier
  

Après avoir été formé à l’école du Théâtre des Deux Rives à Rouen, il y travaille durant une dizaine d’années comme comédien dans des mises en scène de Alain Bezu et Claude Juin. Après ce compagnonnage avec la troupe des Deux Rives, il poursuit sa carrière de comédien à Paris. Il joue sous la direction, entre autres, de Bernard Sobel, Jacques Kraemer, Gildas Bourdet, Jean Rochefort, Robert Cantarella, Claude Stratz, Béatrice Agenin...
 
Isabelle Andréani / l’assistante
Isabelle Andréani a été formée à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de la Ville de Paris puis en stages avec entre autres A. Mnouchkine, E.Chailloux-A.Hakim, Yoshi Oïda… Actrice de Compagnie, elle a joué et a été l’assistante de Jacques Seiler. Elle participe à des créations d’auteurs contemporains : Y. Simon, L-C Sirjac, X. Durringer, V. Feyder, D. Keene et Hanokh Levin…En 2006/2007, elle joue dans Adam, Eve et descendances…, de Pascal Bancou, mis en scène par Xavier Lemaire au Théâtre du Balcon, repris au Théâtre Essaïon.
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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 14:46
aveclecouteau-afficheROGN2E.jpg Le TEXTE

Commencé en résidence d’écriture au Centre Européen de
la Jeune Mise en scène (maison Gaston Baty – Pélussin) en août 2002 et achevé à Paris en avril 2004. Bourse d’encouragement à l’écriture de la DMDTS en juin 2004. Mis en lecture au Théâtre du Rond Point par l’association À Mots Découverts en octobre 2004 . Coup de cœur des Comités de Lecture du Théâtre de la Tête Noire et du Théâtre de l’Éphémère (Scènes conventionnées pour les écritures théâtrales contemporaines) Présenté en lecture - mise en espace par la Compagnie Sambre en mars 2005 à l’Espace Germinal de Fosses (premier chantier de travail d’une semaine autour du texte). Lecture au Salon du Théâtre et de l’Édition théâtrale à Paris, place Saint-Sulpice, le 24 juin 2006.
  
 
L’Histoire
 
C’est l’histoire de la gamine, subissant le pouvoir arbitraire du père et la passivité de la mère, confrontée à une violence familiale érigée en système de valeurs. Elle se réfugie dans la religion où elle trouve la justification mystique de ses « souffrances ». Dans cet univers clos va arriver un beau jour Norbert, fils d’un « très bon ami » du père, Norbert, le fort en maths, gendre idéal. Il va peu à peu reproduire le même rapport de violence et d’oppression envers elle. La gamine va tenter de se dégager de cet univers en s’inventant une identité qui lui avait été refusée jusque là.
        
 
 
Accompagnement de la création 
 
La création et les représentations de ce spectacle font l’objet depuis octobre 2006 d’un travail d’accompagnement auprès de publics jeunes, adolescents et adultes, sous forme d’ateliers, de rencontres, de répétitions ouvertes. Ces actions ont été menées par les comédiens et Carole Thibaut en direction de lycées, de collèges (sections générales, professionnelles, SEGPA, …), de centres sociaux, dans différents départements d’Ile-de-France et sur Paris. Cette démarche fait partie intégrante de notre démarche de création en tant que structure indépendante de service public. 
         
  
Distribution

Texte et mise en scène / Carole Thibaut

Maryline Even / La mère
Au théâtre, Maryline Even a joué sous la direction, entre autres, de Tilly, de Stéphanie Loïk, de Philippe Adrien, de Jorge Lavelli, de Michel Hermon, d'Alfredo Arias, d'Anne-Laure Liégeois, de Bernard Bloch, de Maxime Leroux.   
Maxime Leroux / Le père
Après avoir été formé à l’école du Théâtre des Deux Rives à Rouen, il y travaille durant une dizaine d’années comme comédien dans des mises en scène de Alain Bezu et Claude Juin. Après ce compagnonnage avec la troupe des Deux Rives, il poursuit sa carrière de comédien à Paris. Il joue sous la direction, entre autres, de Bernard Sobel, Jacques Kraemer, Gildas Bourdet, Jean Rochefort, Robert Cantarella, Claude Stratz, Béatrice Agenin...  
Karen Ramage / La gamine
Formée à l’Ecole Charles Dullin puis à l’Ecole du Samovar, elle a joué sous la direction de Anne-Laure Liégeois, Laurent Maklès, Thomas Le Douarec, Pierre Vial, Mathieu Desfemmes, Benoît Théberge, Frédéric Ferrer.  
Charly Totterwitz/ Norbert le jeune homme
Après une licence en arts du spectacle, il entre à l’école de la Comédie de Saint-Etienne. Il jouera sous la direction de metteurs en scène : Antoine Caubet, Jean-Marie Villégier, Serge Tranvouez, Vincent Goethal, Jean-Claude Berutti, François Rancillac, et de chorégraphes: Odile Duboc et Thierry Niang. 
Voir aussi la revue de presse...

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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 11:37

Pour en finir avec l’art sacré

(et qu’on leur tranche la tête aux hypocrites pleureurs de Vilar !)
 
Carole Thibaut 

Article écrit pour l'ouvrage collectif "Arts vivants en France : trop de compagnies?
coordonné par Philippe Henry et édité en juin 2007 à l'Espace d'un Instant.
 
 
Nombre de compagnies indépendantes, nommées commodément petites compagnies ou compagnies locales, ne sont soutenues et reconnues qu’au titre de l’animation culturelle et sociale. Leur est déniée une quelconque qualité ou existence artistique. Que ces animateurs sociaux-culturels s’autoproclament artistes et créent des spectacles en sus de leur activité principale reconnue, est toléré, tant qu’ils ne revendiquent pas une part du gâteau financier et politique de l’Excellence Artistique Française. Auquel cas, ils sont renvoyés aussitôt à leurs quartiers, zones urbaines sensibles ou zones rurales excentrées, leurs publics en difficultés et leurs ateliers. L’artiste véritable, garant de l’Excellence Artistique Française, élevé par le Prince au rang d’artiste officiel et tiré ainsi du vivier grouillant des petits indépendants locaux, ne saurait longtemps se commettre à travailler avec les populations et sur les territoires (excepté avec un public déjà acquis, répondant à peu de chose près au même profil sociologique), sous peine d’être soupçonné d’une certaine forme de médiocrité. L’Excellence ne saurait, tacitement, se commettre avec le peuple. La vieille déviance nostalgique aristocratique à la française a eu raison de la démocratisation culturelle, et il ne fait pas bon, au pays du théâtre public et de la décentralisation, mélanger artistique et populations ; création et travail avec les publics ; art, culture et social.
Artistes bouffons soumis aux vœux des Princes, cathédrales écrasantes dressées à la gloire d’un art officiel, sacralisation de l’art, culte de l’excellence, castes de publics bourgeois fermées sur elles-mêmes, mépris du populaire, condescendance missionnaire vis-à-vis du peuple ignorant, esthétiques labellisées par l’Etat…, certains ont beau jeu de clamer, en écrasant une larme hypocrite sur Vilar, l’échec de la démocratisation culturelle, balayant ainsi sans vergogne toute pensée politique de l’art, et le projet démocratique fondamental qui passe – forcément – par le partage véritable de l’art et des cultures.
 
Une femme entre dans un théâtre, timidement, comme on franchit la porte d’un édifice sacré dont on ne connaîtrait pas les rites. Elle pense que cet endroit n’est pas pour elle, mais on l’a convaincue d’essayer, une fois. On lui a même donné une invitation. On ne lui a pas expliqué ce qu’est ce spectacle qu’elle va voir, l’invitation suffit. Elle prend le risque. Elle franchit la porte. Son mari lui a dit Tu fais ta bourgeoise, tu vas au théâtre. Elle regarde les gens présents et il est évident que ces gens ne viennent pas des mêmes endroits et du même milieu qu’elle. Elle bafouille devant la caissière un brin méprisante. Elle se sent déplacée. Elle s’assoit dans la salle obscure. Elle regarde le programme et ne comprend pas grand-chose. Mais au fond, ça lui semble assez normal de ne pas comprendre grand-chose, quelqu’un comme elle. Elle ressort deux heures après. Elle n’a pas compris grand chose. Elle s’est ennuyée. Elle a été choquée par moments. Elle pense qu’elle est idiote, qu’elle n’a pas la culture et l’éducation qu’il faut. Elle pense que ce n’est pas pour elle. Elle pourrait, pour sauver la face, ricaner crânement. Mais elle se tait. Sentiment d’humiliation, de honte. Elle se tait et elle ne revient plus.
 
 
L’échec facile de la démocratisation culturelle
Il est plus facile, pour beaucoup de professionnels, de qualifier certains publics de grossiers et d’imbéciles, de déplorer leurs cerveaux définitivement abrutis par la télévision, avec force soupirs désespérés, découragés, épuisés, excédés, attristés, plutôt que d’admettre que eux n’ont pas fait, ne font pas, le nécessaire pour combattre pied à pied les inégalités de savoir, de culture, d’éducation et d’éducation artistique, pour tenter d’ouvrir les œuvres à toutes les populations ; plus facile de prétendre que cela ne sert à rien, que la démocratisation culturelle est un échec, plutôt que de reconnaître que eux ne remplissent pas la mission de service public qui leur a été confiée, qu’ils sont coupables de détournement d’argent public à d’autres fins que celles pour lesquelles il leur a été versé, coupables de ne pas remplir la tâche pour laquelle ils ont été embauchés et sont payés. On ne fait pas du théâtre public à coups de communication et de tarifs réduits, en regrettant ensuite que les dites populations ne viennent pas, malgré tous les efforts qu’on a mis en place. L’hypocrisie flirte ici avec le cynisme.
 
 
Tranchons-leur la tête…
Dans une salle de spectacle, des “jeunes”, (qu’on aura conviés en groupe et sans préparation aucune à un spectacle, pour donner le change - dont personne n’est dupe - aux financeurs dans les bilans d’activité de fin d’année), bref ces fameux “jeunes de banlieue” donc, font du bruit au cours de la représentation.
Les abonnés s’exclament, scandalisés :
Ils ne respectent rien.
Le metteur en scène s’exclame, scandalisé :
Ils ne laissent pas les artistes s’exprimer.
Le directeur : 
Nous ne sommes pas à la Star Academy, nous sommes dans un Théâtre National.
L’auteur :
Ils ne savent rien apprécier, ils gâchent tout.
L’administrateur :
Avec tout ce qu’on fait pour eux, les tarifs réduits et autres facilités.
Et tous en chœur de reprendre, à l’heure du bilan d’activité de fin d’année devant les tutelles compréhensives :
Et pourtant nous avons essayé, la preuve, et ça a été l’enfer… nous sommes désespérés, découragés, attristés, démoralisés… pauvre Théâtre Public, pauvre Vilar, pauvre de nous !
Oui, tranchons-leur la tête aux hypocrites pleureurs de Vilar…
 
 
De l’ignorance et de l’imbécillité
L’ignorance n’a rien à voir avec l’imbécillité. La question est : comment faire reculer l’ignorance, et non : comment produire de l’imbécillité pour se mettre à la portée des imbéciles. Réglons ceci une bonne fois : chercher à mettre l’oeuvre à la portée d’un public n’est pas rabaisser l’œuvre vers l’imbécillité, mais tenter de faire reculer les frontières de l’ignorance. L’imbécillité est équitablement partagée par tous, dans tous les milieux. En ce sens, elle est parfaitement démocratique : elle est aussi répandue chez l’enseignant abonné à un théâtre national que chez le jeune de banlieue ou l’agriculteur ou la femme immigrée analphabète. Cependant, il convient de se méfier des apparences : dans de nombreux cas, ce qu’on prendra trop facilement pour de l’imbécillité est souvent un défaut de savoir qui s’ignore ou qui a honte de lui-même. (Quand défaut de savoir il n’y a pas a priori, et que la prétention intellectuelle remplace la honte, l’imbécillité ne renferme alors rien d’autre qu’elle-même. Elle est, dans ce cas, sans espoir et ne concerne plus le service public.)
 
 
De la responsabilité de l’artiste face à l’argent public
Il est du devoir et de la responsabilité de l’artiste qui travaille dans le théâtre public, avec de l’argent public, d’ouvrir et de partager les codes de la représentation, du jeu, de l’écriture, d’autant plus que l’oeuvre est complexe, utilise un vocabulaire, des codes particuliers, non partagés par tous. Il ne s’agit pas de faire un théâtre facile, populiste, œuvre d’imbécile pour des imbéciles, mais un théâtre difficile, exigeant jusque dans sa transmission, jusque dans le questionnement de son rapport aux publics, à tous les publics. C’est long, difficile, parfois épuisant, cela nécessite une engagement total, humain, politique, artistique ; mais sinon, pourquoi et pour qui faire œuvre d’art vivant, si celui-ci ne s’adresse pas aux vivants, justement, mais à des salles mortes, à un public formaté et bien dressé dans l’auto-reconnaissance de ses propres codes, à des églises engoncées dans leurs rites, à coup d’esthétiques validées par l’Etat, d’œuvres truffées de références et se nourrissant d’elles-mêmes, à vide ?
Envisager le problème sous l’angle politique et économique est plus simple : l’argent public doit servir à rendre le théâtre public. Et ce n’est pas en faire une fille publique et le prostituer, c’est au contraire lui rendre sa grandeur et sa beauté, son utopie peut-être, que de le rendre à cette mission première.
 
 
Pour en finir avec l’art sacré
A condition d’être prêt à être bousculé, à découvrir et à partager d’autres codes, vocabulaires, cultures - il s’agit d’en finir aussi avec l’attitude du bon missionnaire pédagogue, partant évangéliser les peuplades sauvages et sous-cultivées des quartiers populaires -, il est possible de partager, ouvrir et expliquer tous les codes. Codes de mise en scène, d’écriture, d’interprétation, codes de la représentation. Ce n’est pas “sacré”, ni “secret”, même si cela nécessite parfois, de remonter loin. Une fois ce cheminement fait, chacun est en mesure d’apprécier, de porter un regard critique sur, de s’approprier une œuvre. Les artistes savent bien qu’en dénouant les fils de leur travail, ils seront forcément fragilisés, mis à nu. C’est pourquoi la plupart préfèrent jouer les coquettes mystérieuses, les vaches sacrées de l’art. Ils rechignent à partager avec les gens le processus de la fabrication de l’oeuvre, à leur offrir les outils qui leur permettront, peut-être, de discerner l’imposture, la posture et le juste, la matière, l’outil, la chair et l’apparat. Il est plus facile de dire Vous ne pouvez pas comprendre, c’est magique, mystérieux, ça me dépasse moi-même, que de se mettre ainsi en danger. Mais l’artiste devrait avoir un peu plus confiance en l’humain et en l’art. Car il y aura aussi toujours des parts de son travail qui ne sauront être expliquées, ni par lui, ni par quiconque, le propre de l’art étant de ne pouvoir se résumer à un concept ou à une formulation. Il y aura toujours dans la chose artistique des processus qui échappent, de l’ordre de la perception, de la sensation diffuse, de l’instinct, d’un long mûrissement dont l’artiste lui-même a perdu l’origine ; et également des choses qu’il est en droit absolu de garder pour lui, lié à l’intime, à de l’histoire enfouie, privée. L’artiste n’est pas un animal public, qui doit être livré en pâture sous prétexte de démocratisation. Mais il n’est pas non plus cette vache sacrée, gardienne d’un art bourgeois et qui isole son œuvre dans des églises élevées à son propre culte.
 
Je menais en banlieue un stage de sensibilisation au théâtre avec des élèves d’un lycée. Et le deuxième jour, je leur demandai d’inventer la mise en scène d’une pièce, d’imaginer comment il pourrait porter un texte à la scène, s’ils disposaient de tous les moyens imaginables, techniques, financiers, spatiaux, nécessaires à la réalisation de leurs désirs. Je leur avais exposé quelques bases de mise en scène, très succinctement, en leur répétant que c’était beaucoup moins compliqué qu’il n’y paraissait. Je ne voulais pas les effrayer, paralyser leurs capacités d’analyse et leurs imaginaires. Les professeurs présents étaient dubitatifs, pour ne pas dire plus. Or, ce qui est ressorti de ce travail était surprenant. Leur dire Vous avez le droit, la capacité, en leur donnant les règles de base, en leur ouvrant très grand le champ des possibles, avait donné confiance aux participants, leur avait permis de s’approprier très vite les codes, de s’en servir librement. Ils s’étaient ainsi emparés du vocabulaire scénique, l’avaient réinventé, adapté à des œuvres contemporaines qu’ils découvraient et devant lesquelles ils ne nourrissaient donc aucun a priori.
 
Car c’est bien de cela qu’il s’agit et non d’enseigner, d’apprendre : offrir à chacun la possibilité de dépasser les conventions, les blocages intimes ou sociaux, offrir à chacun les outils, les moyens de sa propre expression, afin qu’il trouve, ou retrouve, à travers l’espace fictionnel et symbolique de la scène, un espace de parole, artistique et humaine.
 
C’est sans doute pour ça que je préfère toujours échanger, travailler avec des gens “vierges” de théâtre. Une fois la première peur tombée de passer pour un imbécile, peur qui s’exprime généralement par des ricanements, un humour idiot, de la parodie facile, et parfois même de l’agressivité, peur le plus souvent due au mépris maintes fois essuyé à l’école, au travail, dans les administrations, une fois cette première barrière tombée, il y a une absence de références mal digérées, de fausse pudeur maniérée, une réelle soif d’apprendre, de dire, de se réapproprier une parole et un espace de parole, qui permettent aux imaginaires d’être bruts, ouverts, de se rencontrer et de dialoguer véritablement.
 
 
Sur les amateurs et les pratiques amateur
Je n’aime pas travailler avec des amateurs au sens strict du terme, c’est-à-dire des personnes qui aiment pratiquer le théâtre en loisir ou en simple divertissement. Je ne porte en cela aucun jugement sur les pratiques amateur, je dis simplement qu’elles ne m’intéressent pas sur un plan artistique. L’engagement de l’artiste sur la scène devant un public nécessite un engagement de vie, c’est-à-dire, aussi, littéralement, que sa vie en dépende. Que ce soit une question de vie ou de mort, disait Vitez. Sans cela, pas de nécessité vitale à être là, face au public, pas d’urgence et d’essentiel de la parole et du geste artistique. Le risque est grand, alors, de la complaisance, de la pratique narcissique, du cabotinage, du faire pour faire. (Ces risques existent intrinsèquement dans tout processus de représentation.)
Les non professionnels avec qui je travaille dans le cadre de certains ateliers de recherche ou de créations ne sont pas des amateurs. La plupart ne savent pas, au début de la rencontre, qu’ils aimeront cette aventure, encore moins qu’il peuvent aimer le théâtre. Ils ne le connaissent pas, souvent n’y ont jamais été et n’en ont jamais pratiqué. Ils viennent là le plus souvent par le biais de relais publics, de groupes pré-formés, d’associations ; pour beaucoup ce sont des publics captifs (groupes scolaires, stages d’intégration professionnelle, cours d’alphabétisation,…). Le plus souvent, ils commencent par dire : Je suis incapable. J’ai bien trop peur. Je ne sais pas me comporter en public. Je ne suis pas assez sûr de moi. Je n’y connais rien. A partir de là, tout le travail consiste à chercher ensemble, non pas à faire du théâtre, mais quelle nécessité de parole chacun et le groupe dans son entier portent, comment exprimer et faire résonner cette parole urgente, vitale, qui n’avait pas été exprimée jusque-là, dont la plupart n’avait souvent pas même conscience, qui se révèle et trouve son expression là, sur l’espace symbolique de la scène.
Je ne cesse de répéter aux participants qu’on ne devient pas comédien en quelques semaines ou quelques mois, qu’ils ne possèdent ni les outils techniques, ni la formation, ni l’expérience nécessaire, ni l’engagement essentiel, pour faire du théâtre, pour jouer, interpréter un rôle, une émotion, que s’ils le tentaient, ils ne feraient que singer des acteurs, jouer aux acteurs. Cela n’empêche pas, au contraire, qu’une part ludique, joyeuse, entre dans la réappropriation de l’imaginaire enfantin du jeu. Mais je leur demande avant tout d’être dans leur parole, dans la nécessité de leur parole, de penser seulement à porter cette parole, d’être fiers de raconter cette histoire à des gens, d’avoir envie de partager cela avec le monde entier, de s’oublier. Voilà. C’est ça : s’oublier. Oublier son image, pour ne penser qu’à ce qu’on dit et à qui on le dit. C’est la base de tout acte scénique.
 
Cette parole, intime, sociale, politique, humaine, la naissance de cette parole, sa (re-) découverte par celui qui la porte, le retour à cette urgence vitale de la parole scénique, nourrissent profondément ma recherche artistique. Ces temps de rencontres, de croisements, ces plongées dans le vivant et la parole brute, vibrante, me sont essentiels entre deux créations, en allers-retours constants. Je coltine, j’entrechoque mon univers artistique et mes processus de création, au monde brut, à la société, aux gens, au vivant ; je débarrasse mon univers artistique et mes processus de création de leurs falbalas, de leurs petites coquetteries référentes, je les sors de leur milieu codifié, fermé, pour mieux les nettoyer de tout ce qui n’est pas essentiel. Je ne fais pas en cela œuvre sociale. D’autres, dont c’est le métier et le rôle (animateurs, éducateurs, enseignants, encadrants), tireront de ce travail un outil social d’intégration, un outil thérapeutique, un outil d’éducation, ou autre. C’est pourquoi une collaboration étroite et un partenariat mûrement réfléchi et construit entre artistes et encadrants sont nécessaires à ce genre d’aventures, cela permettant d’éviter toute instrumentalisation de part et d’autre.
 
 
Un exemple d’atelier de création avec des non professionnels 
Atelier autour de la parole des femmes
avec l’association Femmes solidaires de Nanterre
Cet atelier s’est déroulé dans le cadre d’un projet que je mène autour de la parole des femmes en Ile-de-France. Nous avons construit des monologues autour de personnages de femmes ayant marqué leurs histoires familiales, lointaines ou récentes. Nous sommes passés par des improvisations sous forme d’interviews de ces personnages. Petit à petit, au fur et à mesure que la participante s’appropriait le personnage en répondant à nos questions et nous dévoilait son histoire, nous voyions le personnage naître sous nos yeux. J’enregistrais ces improvisations puis les retranscrivais. Nous retravaillions ces “portraits” comme nous l’aurions fait de monologues écrits, mais aucune, jusqu’à la dernière semaine, ne disposa d’un texte sur papier, ceci afin de ne pas contraindre les imaginaires. Pour la présentation publique, elles étaient libres de choisir leur manière de porter cette parole, soit par cœur, soit en lecture, soit en la ré-improvisant. Au cours de la représentation, le groupe peut intervenir à tout moment et relancer l’improvisation, afin d’aider ou d’orienter celle qui parle. L’important est que tout le monde “entende” ce qu’elles ont à dire. Ces paroles leur appartiennent entièrement. Ce n’est même pas une histoire construite, juste ce que nous avons voulu en faire dès le début : des paroles de femmes qui se répondent, à travers les âges et les cultures. Il ne faudrait pas que cela devienne autre chose, un spectacle par exemple, bien rodé, où chacune ferait “son numéro”. Ce qui a fait la beauté de ces représentations, c’était leur urgence, la force des paroles et des histoires qui y étaient portées. Ces femmes n’étant pas des comédiennes professionnelles, ce qui a fait la magie de ces instants, c’est qu’elles se sont jetées sur scène de toute leur âme, avec une innocence relative, sans souci de leur image, de leur représentation théâtrale.
 
 
De la différence entre enseignant et artiste intervenant
Et de ce qui en découle quant à l’absurdité du D.E.
(Diplôme d’Enseignement du Théâtre) et des règles de l’Unédic en ce domaine…
Au printemps 2005, le Synavi découvre avec surprise que le Diplôme d’Etat d’Enseignement du théâtre, créé par le décret du 3 janvier 2005, qui doit servir de référent général dans les conservatoires et autres structures publiques d’enseignement artistique, fait déjà l’objet d’une dérive, encouragée par certaines DRACs et collectivités territoriales, par une définition trop floue de son champ d’application, et par la désinformation, pour ne pas dire la méconnaissance crasse, de ce qu’est ou doit être un artiste intervenant.
 
Si ce diplôme peut, à la rigueur, s’adresser aux enseignants du théâtre, dans une volonté assez vaine, de légiférer cet enseignement dans le cadre d’une formation professionnelle ou spécialisée, il ne concerne pas les artistes intervenants. Ceux-ci interviennent en direction de groupes de personnes qui ne se destinent pas aux métiers artistiques, ni même, le plus souvent, à une pratique amateur régulière. On ne peut parler dans ce cas d’enseignement ou de formation, tout au plus de sensibilisation, de partage, d’éducation artistique. Celui qui intervient alors est (devrait être) un artiste ayant une pratique régulière de son art dans un cadre professionnel. (Il faudrait évoquer ici également les dégâts causés par des comédiens amateurs, intervenants auprès d’enfants dans les écoles maternelles ou primaires.)
 
Aussi absurde que l’élargissement du Diplôme d’Etat aux artistes intervenants, est la non prise en compte des heures d’intervention artistique ou d’atelier par les Assédics dans le calcul des fameuses 507 heures du régime d’assurance chômage des intermittents. La question n’est pas de renégocier le nombre d’heures de formation prises en compte à 50, 70 ou même 200 heures, mais de cesser de différencier les heures d’intervention artistique et les heures de plateau. L’artiste ne se transforme pas d’interprète en formateur ou animateur, il est et reste artiste avant tout. Et c’est bien en tant qu’artiste qu’on fait appel à lui et qu’il vient intervenir, au côté d’un enseignant, d’un éducateur, d’un animateur ou d’un formateur ou tout autre encadrant dont la présence et la collaboration sont ainsi absolument nécessaires. Ces heures d’intervention artistique sont ainsi étroitement liées à la création et la recherche artistique, et elles participent, nous l’avons vu, d’une démarche nécessaire, fondamentale du théâtre public, d’ouverture de l’œuvre aux publics. Elles devraient faire partie intégrante de tout contrat d’interprète engagé dans un théâtre public. Les tutelles et partenaires ne s’y trompent pas, qui exigent que les intervenants soient des artistes professionnels ayant une pratique régulière de leur art. La justice même a tranché, contre les Assédics, sur cette question, estimant que les heures effectuées par une compagnie de Haute-Normandie dans le cadre d’interventions en milieu scolaire, étaient liées à la création artistique et que ces heures effectuées avaient toute légitimité à être déclarées en tant qu’artistiques. Mais les tutelles et partenaires se gardent bien, le plus souvent, de prendre position devant les contrôles recrudescents et les attaques dont les compagnies et les intermittents sont victimes, validant ainsi tacitement cette absurdité de l’Unédic.
 
 
Quant à la formation professionnelle…
Pour enseigner du théâtre, il y a eu cette idée qu'il fallait un diplôme qui nous assurerait des professeurs de conservatoire formés et habilités. Et surtout formatés. Sans obligation, une fois le diplôme obtenu, de poursuivre une quelconque pratique artistique professionnelle. L’histoire de l’art, les techniques de bases, les outils, les codes, les cultures, peuvent s’enseigner. Force est de constater que l’expérience, l’expression, la créativité artistiques ne s’enseignent pas. Elles peuvent, au mieux, se partager. On peut tenter d’en expliquer certains processus, par où “ça passe”, comment on avance, et on avance souvent à tâtons, lentement, fragilement. Il n’existe pas en ce domaine de recettes exactes et applicables. Chaque artiste est unique, et c’est ce qui fait toute la valeur de son expression artistique. Chaque artiste en devenir doit pouvoir façonner ses propres outils, sa propre façon de faire, d’avancer, à partir de différents savoirs, acquis, expériences, lus, entendus, reçus, partagés. L’apport du pédagogue s’arrête là, sauf à vouloir formater l’expression et la création artistiques.
 
 
En conclusion provisoire et parcellaire
Il y a urgence et nécessité…
… à poser la fameuse question du problème de la diffusion autrement : non plus en terme de “ventes” (un comble pour une économie reposant sur de l’argent public que de réfléchir des critères en termes de rentabilité privée), de nombre de représentations, mais en terme d’accompagnement et d’ouverture de ces représentations auprès des publics ;
… à privilégier le lien étroit, interpénétrant, entre création artistique et populations, à le développer tout au long du processus de création, à travailler à remettre l’acte artistique au cœur de la Cité, à créer un lien intime, concret, entre les oeuvres et les publics ;
… à permettre la réappropriation par les populations de l’art et de son expression ; la possibilité d’échanges transversaux et de débats ouverts  entre les personnes, professionnels et non-professionnels, artistes et populations ;
... à réinventer une éducation populaire artistique, un accompagnement humain, ouvert, non pédagogique ou missionnaire ;
... à remettre les artistes et les populations au cœur du théâtre public, et à réarticuler les politiques culturelles et l’économie de l’art vivant autour de cette évidence oubliée.
 
Avril 2007
 
 
 
 
 
Par Compagnie Sambre - Publié dans : Articles / Coups de gueule /..
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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 11:35
 
 
 
 
 
 
 
 
 
COMMENT TE LE DIRE?
 
 
 
 
ARMANDO LLAMAS
 
 
 
 
 
 
 
 
Dans un café, des propos échangés par des inconnus se font entendre, presque à notre insu, et puis ces gens parlent à voix plus basse, ou s’éloignent, ou s’en vont et nous n’en saurons pas plus.
 
L’HOMME 1 tient un livre à la main et tout en marchant lit à la FEMME 1:
“Gli impulsi sessuali umani si esprimono secondo determinate forme storiche, diverse di epoca in epoca, le quali non sono “naturali” bensi dettate dagli interessi del potere costituito nel quadro di una ideologia di dominio”
 
 Il ferme le livre avec suffisance.
 
Non hai nulla da dire?
 
FEMME 1:
Non. Fa vedere. Lui prend le livre des mains. Gordon Poole? Le lui rend.
Écoute, ce n’est pas de ma faute. Si à chaque fois qu’il y a un problème au lit, tu te barricades derrière un bouquin...
Elle s’assied à une table vide.
Et ta prononciation italienne laisse beaucoup à désirer.
 
HOMME 1:
C’est facile de se moquer de la culture quand on n’en a pas.
Il s’assied lui aussi.
 
FEMME 1:
Je ne me moque pas de la culture, mais de ta sexualité que je trouve insuffisante.
Elle fait un effort de mémoire.
“Avez-vous remarqué, cher ami, que, toutes les fois qu’on se rend au désir d’un inférieur, on paye d’une façon ou d’une autre la rançon de sa bonté?” Alexandre Dumas. Hein? Et par coeur, sans avoir le bouquin à la main.
 
HOMME 1:
Tu ne vas pas comparer Gordon Poole à Alexandre Dumas.
 
FEMME 1:
Mais si. Mais si. Et je peux surtout comparer ton sexe à celui de ton frère, et c’est là où le bât blesse...
 
Ils saluent d’un signe de tête L’AUTEUR qui est assis à une table lointaine en train d’écrire sur un cahier.
 
FEMME 1:
Ah, mais il est là lui?
 
HOMME 1:
Il vient souvent dans notre ville, il paraît que ça l’inspire.
 
Leurs voix se perdent tout à fait.
Et puis on entend la FEMME 2 et l’HOMME 2 qui viennent de quitter une autre table et qui marchent vers la sortie:
 
- Écoutez, il ne faudrait pas que cela vous vexe... Je vous aime bien, je vous l’assure, mais je ne veux pas faire l’amour avec vous.
 
- Oh, ne vous tracassez pas, je connais beaucoup d’autres idiotes qui sont dans votre cas.
 
Il sort le premier, elle reste interdite un instant et sort derrière l’homme, en colère. On entend leur discussion qui s’éloigne. L’HOMME 3 entre, excédé, va vers la table où est assise la FEMME 3.
 
HOMME 3:
Excuse-moi, je suis en retard, ça fait longtemps que tu es là? (Bises.)
 
FEMME 3:
Non, mon François, j’arrive à l’instant, mais qu’est-ce que tu as? Tu as l’air furax.
 
HOMME 3:
Je viens de prendre l’apéro chez Arnaud et Martine, ils sont pénibles, toujours collés l’un à l’autre, oh putain, qu’est-ce que je peux en avoir marre des couples!
“Tu cherches quoi? Dis-moi, je sais où c’est.” “Tu t’es levée pourquoi?” “Tu vas où?”
“Tu rentres quand?” “Tu as pris ton sac?” “Qu’est-ce que tu as dit à ma femme, pourquoi vous riez?” Ou le contraire: “Bon, c’est fini les hommes de chuchoter entre vous?”
Putain on étouffe, et ce matin, ce matin au parking je suis tombé sur Laurent et sur Blaise, qui venaient de faire leurs courses comme un couple hétéro, avec leurs sacs du supermarché et leur Fiat Panda à la con –
 
FEMME 3:
Ben tu sais hétéro ou pas tout le monde fait ses courses de la même manière, il faut des sacs en principe, et pour aller dans les grandes surfaces la voiture c’est quand même plus pratique que des patins à glace –
 
HOMME 3:
T’es pas drôle Suzanne, toi aussi tu es réac, je le savais, tout le monde veut des mamours, rêve de la petite routine pépère, de la conjugalité, bande de débiles, je n’en peux plus, j’ai horreur des couples, le couple c’est l’horreur, l’enfer –
 
FEMME 3:
Mais François je suis tout à fait de ton avis, en effet, toi et ton copain Didier c’est assez pathétique, c’est papa et maman, maman-François fait la vaisselle, et papa-Didier l’essuie et la range, à chaque fois qu’on va chez vous – tu entends, “chez vous” - le rituel est immuable, et puis papa et maman qui, n’étant pas hétéros, pourraient pioncer à l’aise chacun dans un pieu, voire dans une autre chambre après avoir niqué, non, ils dorment dans le même petit lit, et puis dans la journée François et Didier s’appellent toutes les heures sur leurs portables pour savoir si papa est ici et si maman est là et qu’est-ce qu’ils vont faire dans la demi-heure qui suit, vous ne vous séparez même pas pour chier, et puis bien sûr tous les dimanches sans exception vous allez manger chez tes parents, et ça me révolte, je trouve ça injuste, il faut que vous alliez au moins une fois par mois manger aussi chez ses parents à lui! D’accord, tu n’es pas sûr qu’ils apprécieraient de rencontrer le monsieur qui prend un soin si jaloux de leur fils, mais on est moderne et radical ou on ne l’est pas! Et puis comme papa étudie et maman travaille, papa demande à maman de l’argent pour ses menues dépenses et c’est maman qui se tape les courses, les hommes n’aiment pas ça, sauf si c’est de l’alcool, du tabac ou du teush, là oui, maman donne de l’argent à son homme et son homme se bouge le cul pour aller achèter de la bière, des clopes et du riz la croix –
 
HOMME 3:
C’est de l’OCB, pauvre tarée - 
 
FEMME 3:
- pas de problème je rectifie, de l’OCB et puis on s’installe pour regarder la télé papa avec maman et si les copains à papa passent à la maison maman leur fait à manger et puis elle lave la vaisselle et papa la range. Et si papa ou maman ont envie de sortir ils s’habillent bien chaudement sans se lâcher d’une semelle, parce que maman aime bien connaître tous les copains à papa, ne pas le perdre de vue, au cas où il foutrait le camp avec une autre maman ou avec une vraie femme pour changer, et ils vont tous ensemble dans les jolis bistrots de la ville et se couchent après bien gentiment, si papa a envie on baise, si papa n’a pas envie, maman comprend souffre en silence et ne dit rien et au petit matin elle petitdéjeune toute seule et part à son boulot, les hommes faut que ça se repose, que ça dorme, que ça fasse la grasse matinée si on veut être baisée de temps à autre. Et ben mon pote, si ça ce n’est pas un couple ça y ressemble pas mal. J’irai même plus loin, ça ressemble plus à un couple de la fin du XIXème siècle, genre Émile Zola, qu’à un couple moderne du XXIème, là je dois dire que tu ne fais pas les choses à moitié, la brave couturière tuberculeuse qui s’échine pour que son homme puisse aller au cabaret, lui l’est pas méchant, hein, mais que voulez-vous, un homme c’est comme ça, madame, c’est indépendant. Il est bien brave, déjà qu’il aime pas ça, il range la vaisselle et descend la poubelle. En effet, je crois que pour arriver au MLF tu es déjà en retard d’un siècle et demi, alors pour une relation homosexuelle contemporaine tu n’es pas sortie de l’auberge, ma chérie.
 
Et juste au moment où François, irrité, allait répondre à Suzanne, son portable sonne, Suzanne commence à sourire, François répond: “Allô? (...) Ah, c’est toi, Didier?” Suzanne éclate de rire, et rouge de rage François sort du café en disant “Attends, mon Didier, je vais sortir, il y a trop de bruit ici”. COPINE 1 et COPINE 2 qui étaient entrées entretemps et s’étaient assis à côté de la sortie saluent François mais il ne leur répond pas. Elles se regardent, haussent les épaules, et continuent leur conversation.
 
 


 
COPINE 1:
Mais non, en règle générale Jeanne ne sort qu’avec des beaux mecs, jeunes, intelligents et sexys.
 
COPINE 2:
Ah bon? Écoute, alors en ce moment elle a dû décider de faire une entorse à cette règle.
 
Et COPINE 1 rit: “t’es méchante” et on n’entend plus leurs propos étouffés par les rires.
Entrent alors COPAIN 1 et COPAIN 2 qui se dirigent vers le comptoir tout en parlant:
 
COPAIN 1 avec un accent étranger:
D’accord, ces vacances tu as dû te taper des dizaines de Grecs à Rhodes, mais de là à prétendre que depuis tu parles couramment le grec, il y a de la marge...
 
COPAIN 2:
Et toi, ce n’est pas parce que tu as mis ton cul au service d’une centaine d’Égyptiens que tu pètes en arabe...
 
Ils commandent deux cafés, regardent leurs montres, sont pressés, continuent de bavarder. Voyant que l’HOMME 3 – François – ne revient pas, la FEMME 3 – Suzanne – se lève et va rejoindre les deux COPINES à leur table.
 
COPINE 1:
Qu’est-ce qu’il a le père François, il ne dit plus bonjour?
 
FEMME 3:
Il est en colère contre moi, je viens de lui dire ce que je pense.
 
COPINE 2:
François est le genre de mec qui pendant qu’il se met du rouge à lèvres te dit qu’il ne se maquille jamais.
 
COPINE 1:
Tu sais comment on l’appelle, son copain Didier?
 
FEMME 3:
Non.
 
COPINE 2:
Le cadeau de mariage.
 
FEMME 3:
Pourquoi?
 
 
 
COPINE 1:
Parce que maintenant que tout le monde l’a vu, il est très difficile de s’en débarrasser en le refilant à quelqu’un d’autre.
 
Elles rient.
 
Et il ne peut pas le mettre dehors, il est interdit de déposer des objets encombrants sur la voie publique.
 
COPINE 2:
La seule solution ça va être le garde-meubles, tu ne vois plus l’objet mais tu continues à payer son entretien et son loyer...
 
FEMME 3:
On pourrait l’appeller aussi le meuble design, ça a l’air joli dans la boutique, mais une fois que tu l’as chez toi, ça prend trop de place et ça rend très peu de services.
 
COPINE 2:
Ah, les meubles design, on croit épater les copains avec une pièce unique et puis on s’aperçoit que tout le monde a la même, achetée d’occase!
 
FEMME 3:
La location lui reviendrait finalement beaucoup moins cher, il a envie de tirer un coup, il se loue un gigue super-beau et à son goût qui va faire tout ce qu’il lui demande et après, hop!, adieu, si ça lui a plu il peut en reprendre, si c’était décevant il peut en changer, comme le disait Foucault, le meilleur moment de l’amour c’est quand l’autre part en taxi. 
 
COPINE 1:
Qu’est-ce qu’on est méchantes avec ce pauvre Didier et ce pauvre François.
 
COPINE 2:
Oh! Didier, parlons-en, tu ne sais pas comment lui et ses copains appellent François? Le dernier bar ouvert à ***[1].
 
FEMME 3:
Oui, on me l’a dit et ça me navre. La phrase de Foucault c’est François qui me l’a racontée, c’est ce qui m’énerve, en paroles il est le summum de la froideur moderne, mais en actes c’est une midinette XIXème, que dis-je, il est une rombière Bidermeier.
 
Les deux COPAINS ont bu leurs cafés, ils quittent le comptoir tout en parlant.
 
COPAIN 1:
Et cette manie que tu as de traîner dans les bistrots jusqu’à point d’heure, évidemment, après le lendemain tu es crevé et tu n’as plus un rond.
 
COPAIN 2:
J’aime bien être avec des jeunes gens et m’amuser.
 
COPAIN 1:
Mais les jeunes ne te rajeunissent pas, pauvre idiot! Enfin, ce n’est pas parce que tu t’entoures de compact-discs de Karajan que tu vas devenir chef d’orchestre!
 
Et les deux COPAINS sortent.
A leur table, l’HOMME 1 et la FEMME 1:
 
HOMME 1:
Parce que c’est toujours pareil; à chaque fois que l’auteur écrit que le texte doit être joué
dans une glacière, soyez certains que le metteur en scène va le faire dans une chaudière.
 
FEMME 1:
Ou inversement.
 
HOMME 1:
Absolument. Comme quoi, hein?
 
Silence. Tout le monde se dévisage. Temps. Tout le monde se dévisage.
 
FEMME 3 se lève soudain:
On ne va pas continuer comme ça longtemps, je veux dire, avec ces conneries, n’est-ce pas?
 
L’HOMME 1 de même:
Oui, ça suffit, amuser la galérie.
 
FEMME 2, rentrant:
Vous voulez parler de François et de son copain Didier.
 
HOMME 2, rentrant:
Vous voulez parler du gâchis, des leurres, de la douleur, du mensonge de l’amour.
 
COPAIN 2, rentrant:
De la personne détruite, scindé en homme, femme, vieux, jeune, homosexuel, hétérosexuel, parquée de plus en plus en micro-groupes et en micro-cellules.
 
COPAIN 1, rentrant:
De la destruction de ce qu’on appelait société au profit de l’individuel, au profit du personnel, au profit donc de l’économie de marché.
 
HOMME 3, rentrant:
Livrés pieds et poings liés aux besoins du marché, à l’esthétique dictée par le marché, à tous ces désirs et ces besoins qu’on nous impose en nous faisant croire que ce sont nos vrais désirs, nos vrais besoins, notre vraie liberté qui s’expriment.


 
FEMME 1, se lève aussi:
Et on a le coeur brisé et on est brisé. Livrés au silence obstiné des objets. Au silence obstiné des loisirs. A une sexualité violemment prédéterminée. Pour nous séparer de plus en plus les uns des autres.
 
COPINE 1, se lève aussi:
Pour empêcher toute action concertée. Pour que nous n’ayons des relations qu’avec l’argent, c’est à dire avec la solitude et l’éphémère.
 
COPINE 2, se lève aussi:
Pourquoi vous ne dites pas franchement ce que vous avez sur la patate?Allez-y, on vous écoute.
 
L’AUTEUR se lève. Tout le monde s’asseoit, prend place. La lumière baisse sur le café, elle ne reste puissante que sur la table de l’auteur où il y a une bouteille d’eau en plastique et un verre avec le drapeau gay en décalcomanie. Il se rasseoit, se lève, bouge ad libitum.
 
L’AUTEUR:
Tata-François essaie une boucle d’oreille. Ça me fait plus jeune ou ça me fait plus pouffe? Dans le doute Tata s’abstient. Tata est entouré de jeunes. Les jeunes boivent. Tata paye les consos. Il est entouré de jeunes. Tata est dans son appart. Tata donne à boire, c’est une brave tata.
Tata donne à manger, Tata donne à fumer à toute la bande et il est heureux. Qu’est-ce que les jeunes m’aiment, dit Tata. Ils sont toujours autour de moi. Ils me trouvent jeune. L’appart à Tata est plein de jeunes, les copains à Tata. Partout où Tata va, on l’accueille les bras ouverts. Tata raque. Il n’a pas d’argent mais il raque, au fait il n’a pas d’argent précisément parce qu’il raque. D’une manière tellement ancrée, naturelle, qu’elle est lui est devenue imperceptible. Il ne sait pas à quel point et depuis combien de temps, toute sa vie peut-être, d’une façon ou d’une autre, il raque. Le bistrot est plein de copains au Copain de Tata. Ils boivent. C’est l’heure de la fermeture. Tout le monde est parti sauf Tata et son Copain. Reste l’ardoise des copains au Copain, Copain compris. Tata est heureuse, tata vit une exaltante aventure. Tata raque. Copain dort presque tout le temps chez Tata. Il s’y est installé. Du coup, il paye pas de loyer. Tata a une télé. Tata a un frigo. Chez lui il y a à bouffer. Copain a des découverts aux chèques postaux. Tata couvre les découverts. Il m’aime bien, dit-il. Il y a plusieurs siècles, un gamin a piqué le manteau à Pindare, il l’avait fait jouir, Pindare était assommé par la jouissance et le gamin s’est sauvé en courant en emportant le beau manteau. Pourquoi pas? Il m’aime bien, disait Pindare. Ce sont donc de vieilles histoires. De vieilles tatas. De vieux gamins. De vieux copains, antiques copains, préhistoriques copains, toujours taillés d’après le modèle de la punition. Un schéma qui se répète. Copain dit que pour lui c’était la première fois, la première tata. Il aime les femmes. Il dit ça. Tata est émue. D’autres gamins lui ont déjà dit plusieurs fois la même chose, mais Tata est toujours émue. “Oh, c’est la première fois que je fais ça”. Il ne finit pas sa phrase, “c’est la première fois que je fais ça - avec toi.” En effet, c’est la première fois, oui, avec cette tata-là. Il dit comme ça. Il ne finit pas sa phrase, les gamins ne finissent jamais leurs phrases. Ils ont raison, ça arrange. Ça arrange les tatas. Ça arrange les gamins.
Qu’est-ce qu’elles sont vieilles les tatas! Elles disent des choses ignobles “Tu sais, c’était sa première fois, il était vierge”, comme les vieux monsieurs de la fin du XIXème siècle qui achetaient ou corrompaient les cousettes, “cette jeune personne était vierge, mon ami, elle m’a donnée sa fleur”, sa fleur, mais qu’est-ce que ce sont que ces cochonneries, mais ces tatas sont dégueulasses, ils sont des ESTHÈTES, ils ont des crédences louis xiv ou des étagères ettore sottsass à la place du cerveau. “Ce garçon était vierge”. Mais on s’en fout, connard! Il est très viril. Ils disent ça, elles sont gays mais elles disent des conneries comme ça, il est très viril, il est très masculin. Ils ne disent pas ta masculinité tu peux te la carrer dans le cul connard, non, elles n’en sont pas dignes de tant de virilité très honorées monsieur d’avoir condescendu à niquer avec moi, pauvre juive, vous qui êtes nazi, mais comment peuvent les tatas vivre à l’intérieur de tant de connerie si au lieu de s’aérer le cul elle s’aéraient de temps en temps les méninges un peu d’autoréflexion de réflexion tout court ça peut pas leur faire grand mal, si? Tata balbutie, les yeux humides, “Il est hétéro”. Il le dit, il a presque les larmes aux yeux, “Il est hétéro”. Et qu’est-ce qu’on a à foutre qu’il soit hétéro ton copain hétéro de mes couilles oui s’il était hétéro comme il dit il devrait dégueuler chaque fois qu’il baise avec toi, tata chéri, non? En principe? Les hétéros en principe ils aiment pas les tatas, alors d’abord je ne vois pas pourquoi on baiserait avec, pourquoi on aurait envie de baiser avec des monsieurs qui ne nous aiment pas ou qui en principe ne devraient pas nous aimer, n’est-ce pas, parce qu’il faut que ça soit clair, ou on aime les mecs ou on n’aime pas les mecs, on ne peut pas être entre les deux, je suis hétéro mais je baise avec tata, mais qu’est-ce qu’elles se racontent? Elles te disent il est hétéro, et on se dit, bien sûr, il faut compatir, les pauvres n’y peuvent rien, n’y sont pour rien, que peut-on y faire, tant des siècles d’esclavage d’injures de baffes sur la gueule de supplices de tortures parqués dans des camps de concentration dans des camps de rééducation brûlés sur le bûcher coupés en morceaux découpés en morceaux déchirés en lambeaux lapidés empalés sur des pieux dans des agonies qui ne finissaient pas en gueulant achevez-moi d’une bonne fois pour toutes ça fait des dégâts, forcément, le syndrôme de Stockholm et ainsi de suite, on est tout prêt à les plaindre, les tatas, à les consoler, pauvres victimes de l’histoire sociale, mas non, on n’y est pas du tout, elles s’en vantent, elles veulent que tu les admires, que tu les envies, elles prétendent vous rendre jaloux en vous racontant que leurs bourreaux les niquent! Qu’elles couchent avec leurs ennemis! Mais ton hétéro n’est pas un hétéro, il est un flic, un flic qui te fait subir sa propre honte, son propre mépris, le mépris qu’il éprouve pour lui-même quand il t’enfile il te le refile, il t’en tartine la tronche et tu l’en remercies! Mais ton hétéro on l’a quand on veut, il suffit d’y mettre le prix, car c’est ça un hétéro, un type qu’on achète, ça les meufs le savent, les patrons le savent, la société hétéro est une société qui est à vendre, qui s’achète, où tout ça s’achète, les mecs ça s’achète, c’est des sicaires, tout le monde le sait ça, eux-mêmes ils le savent mais il ne veulent pas crouler sous le poids de ce savoir, de cette honte, et alors ils te la refilent, ils la refilent aux meufs, ce n’est pas nous, c’est eux, George Bush le sait, le Pape le sait, Bin Laden le sait, les moullahs le savent et Jospin et Chirac et Tony Blair et Aznar et Sharon et Nokia et Matra et les trafiquants de drogue de femmes d’armes d’immigrés le savent, Akio Morita le président de Sony le sait, tous ceux qui te vendent du politique alors qu’ils te refilent du mystique, du religieux, le savent. Mais ma pauvre tata, mon frère et ma soeur, surtout mon ami, mon “nous” possible, pourquoi tu nous fais ça?
 
Des fois Copain Soi-disant Hétéro qui était vierge baise pas. Aujourd’hui je baise pas. Dormir dans le même lit, oui, mais sans baiser. Tata souffre un peu. Tata aime bien souffrir un peu, ça le fait sentir vivant. Ou plus simplement Copain s’en va. Tata fait sa tête de panda baveux, il est comme un panda qui aurait une fuite au cul. Il est très malheureux. Copain s’en va, il dit qu’il va ailleurs avec une copine. Il dit ça. Tata Panda boude, fait des moues. Dit qu’il s’en fout. Le lendemain dit qu’il souffre beaucoup, il est très malheureux. Après il dit que non. Oui ou non? C’est pareil. Tata souffre, tata aime souffrir. Elle aime être heureuse et souffrir. Souffrir un peu et être heureuse un peu. Copain se fait attendre. Puis il revient chez tata, il ne dit rien mais on comprend qu’il pardonne. On ne sait pas quoi mais il pardonne. Copain revient à la maison. Et Tata se précipite chez Cora faire des courses somptueuses, des chèques sans provision somptueux, des découverts de carte bleue encore plus somptueux.
Le plaisir qu’il éprouve et qu’il te donne il te le fait payer très cher.
Copain est trop sensible, il ne peut pas se trouver un job. Il est destructuré, il est trop jeune. Celle qui est vachement destructurée c’est la pauvre tata, mais ça elle ne se le dit pas, elle ne le sait pas. Copain, lui, a les idées bien claires, il est vachement bien structuré, lui, il sait l’essentiel, à savoir que TATA EST TOUJOURS L’AUTRE, que le monde se divise entre tatas et pas tatas et qu’en tout état de cause il vaut mieux il faut être dans le camps des Pas Tatas, il a pigé très rapidement ce qu’il fallait piger de la vie, c’est la pauvre tata qui ne bite rien, qui a cru tous les films qu’on lui a raconté, qui attend toujours le prince charmant, l’enculeur enchanté, le donneur de baffes gentil.
 
Tata rosit, se complaît dans la description de ses malheurs présents et futurs, il y a quelque chose comme une transfiguration, comme le ravissement d’une future épouse du Christ dans son rosissement bovin, elle rosit, baisse pudiquement les yeux, dit dans un chuchotement extatique où pointe un dardillon de fiertè,
“Je - Suis – Un – Crachat”.
 
Elle ne saurait le formuler ainsi, mais si elle pouvait faire une déclaration qui l’expliquerait à elle-même, elle dirait
“Je jouis, je jouis dans la recherche inconsciente mais inéluctable de ma propre déchéance, je jouis de me vouloir incomplet, je fourbis ma frustration, je savoure ma ruine avec un délice dévorant, je me bâtis détruit car ainsi me veulent les autres, je ne suis pas assez intelligent pour m’aimer, il faudrait d’abord que je me connaisse mais je préfère me punir. C’est du temps de gagné.”
Il ne peut pas, il ne sait pas encore dire ça, peut-être un jour. Il dit: “regarde, il a les chevilles un peu maigres, mais il a un beau sourire.”
Et dans tout sourire de séduction je vois le sourire de l’assassin.
 
Tata-François a dit que son Copain est hétéro, qu’il était vierge, qu’il est viril, qu’il est masculin, il dit aussi, il est jeune. Et devant notre regard ahuri il ajoute, mais j’aime aussi la personne, ce n’est pas tout, il est jeune mais c’est aussi l’être humain, la personne, que j’aime. Il dit ça. Mais quelle personne? Ce type s’il avait quarante ans tu ne supporterais pas plus de dix minutes sa conversation son inintelligence son hébétude que dis-je dix minutes tu ne tiendrais pas plus d’une minute sans penser qu’est-ce qu’il est con qu’est-ce qu’il est nul ce type je ne baiserais pas avec que sous menace de blessure grave, il est jeune il insiste, il dit ça, il est si jeune, mais ma choute tout le monde a été jeune à un moment ou à un autre, sauf ceux qui sont morts en bas-âge ce n’est pas un don divin ça c’est donné à tout le monde évidemment s’il avait les qualités que certains jeunes peuvent avoir et que certains adultes peuvent avoir aussi, impétuosité, fougue, audace, inventivité, joie, esprit vif et alerte, engagement, entiereté, hautes visées, hauts buts, passion, éthique irréductible, innocence têtue, naïveté désarmante, mais ce n’est pas le cas! Ce type est à vingt ans ce qu’il sera à quarante, une larve suffisante et vélleitaire vautrée devant la télé un joint dans une main et une canette dans l’autre dépourvu de tout élan et de tout courage s’appuyant sur sa maman et son papa et son micheton-tata cachant sous son air indifférent une inexistance radicale te demandant des caméras vidéos haut de gamme mais ne sachant quoi filmer des appareils-photos hypersophistiqués mais ne sachant qu’est-ce que c’est qu’une image, t’exigeant des pc et des mackintosh réliés par satellite à des reseaux qui ne transmettront rien parce que lui il n’a rien à transmettre, mais cette idée des jeunes comme des tranches d’âge solidement délimitées avec des goûts et des besoins précis c’est une création de marketing pour leur faire croire pour te faire croire qu’il s’agit d’une race à part libre comme le vent iconoclastes purs et durs pour ainsi leur vendre du matos de merde que leurs parents leurs michetons leurs victimes de vols de rackets de meurtres doivent leur fournir pour en faire des zombies cons comme des adultes pour après faire des adultes cons comme des jeunes, des gays cons comme des cons qui croient dans les voyages organisés pour les gays les crèmes de beauté pour les gays les concerts rock pour les jeunes, les vêtements pour les jeunes pour les gays pour les blacks les voitures spécialement faites comme les femmes entreprenantes les aiment les clubs de rencontre pour les troisièmes âges résolument sportifs des jeunes à boucles d’oreille et des jeunes écolos et des gays gros et poilus et des gays minces et musclés et des ateliers de macramé pour des pdg divorcés nous faisant tous piéger dans les rêts de la consommation la plus répugnante où chaque groupe clairement délimité doit porter des casquettes comme-ci des t-shirts comme ça des baskets de tel modèle ou des tresses africaines ou des tresses rasta ou des motos écolos ou des tatouages destroy ou alors participer à des séances de bronzage de spiritisme de tir à l’arc ou de tabassage de noirs de jeunes de vieux de fafs de pédés de juifs d’arabes il y en a pour tous les goûs et pour tous les besoins ciblées avec une inouïe précision et tout ça pour faire passer le temps de plus en plus rempli d’un ennui infini et informe comme une gigantesque marée de merde d’accessoires d’un accessoire d’un autre accessoire d’un autre accessoire l’oreillette pour le portable la housse pour le portable le haut parleur pour le portable le support pour le portable le chargeur de batteries pour le portable la carcasse pour changer la couleur du portable le logo du portable la musiquette à la con du portable pour personnaliser PERSONNALISER ton portable plus l’antivirus pour te brancher sur internet avec ton portable, antivirus que tu dois mettre à jour constamment puisqu’il y a des gens qui inventent des nouveaux virus pour ton portable plus le filtre pour éviter les effets nocifs de ton portable plus ton porte-filtre barbie pour le portable le liquide nettoyant les décalcomanies des accessoires d’accessoires à l’infini comme des tissus cancéreux qui se répandent dans des métastases monstrueuses d’objets qui se greffent sur d’autres objets à l’infini tout ça coûtant du fric et du fric et du fric faisant du fric la seule vraie et unique toxicomanie réelle car il en faut du fric pour le gymnase les sucreries les résidences avec jardins et infirmières les fauteuils roulants télécommandés rendus necessaires par les accidents des bagnoles customisés et la housse et les housses j’ai vu des housses pour le coran et des housses pour la torah énormément de housses coûtant encore plus de pognon et pendant ce temps-là des blacks affamés déterrent le coltan au Congo à dix centimes la tonne pour tes putains de portables panasonic ce qui évidemment provoque des luttes pas politiques pas tribales comme on te le raconte mais économiques et on te parle de justice infinie de punition illimitée quand il s’agit de pognon infini illimité engloutissant et détruisant tout pour faire de toi un propiétaire de dettes infinies et illimitées et tu oses encore me dire “il est jeune” alors qu’il n’existe plus un seul homme, une seule femme, un seul objet une seule source vive sur la planète qu’on puisse qualifier de ce nom, jeune, dans une destruction une anihilation un vieillissement acceléré et inéluctable de toute vie? Tu oses?
 
Et pour respirer un peu je vais prendre une gorgée d’eau à 5 euros la bouteille, bouteille plastique avec nouveau bouchon verseur et étiquette non polluante avec trente étiquettes et en joignant 20 euros pour frais d’envoi plus le timbre et l’enveloppe on t’envoie un super porte-clés avec une réproduction en résine fluorescente de la dite bouteille mais il faut que je fasse attention il y a dix modèles différents et comme cette promotion insensée finit à la fin du mois il me faut acheter trois cents bouteilles d’eau d’ici la fin du mois car bien sûr il est impératif de les collectionner, ces porte-clés, d’avoir tous les modèles, sinon on est un pauvre type, parce que si tu réunis les dix porte-clefs plus 20 euros tu peux avoir une photo autographiée de Britney Spears ou de Robbie Williams ou d’Iron Maiden ou de Pavarotti, c’est pareil, ça dépend à quelle tranche de connards s’adresse la dite bouteille d’eau, si elle est à la fraise, à la mandarine, pour maigrir ou pour mélanger avec du whisky et ainsi de suite, éternellement ainsi de suite et en plus c’est marqué CADEAU et 2 cl d’eau supplémentaire absolument gratis et tout ça parce qu’ils se sont démerdés pour en finir avec l’eau potable, la vraie, et je verse l’eau dans un gobelet Harry Potter quatre fois plus cher qu’un gobelet ordinaire, mais non, je ne suis pas un enfant, je le verse dans un verre avec le drapeau gay aux couleurs de l’arc-en-ciel qui bavent et qui m’a été vendu au prix d’une batterie de cuisine complète mais que voulez-vous ils veulent que je sois fier d’être gay ou d’être jeune ou d’être catholique ou d’être arabe ou d’être black ou d’être n’importe quoi et en buvant dans ce verre de merde hyper-cher je collabore à la bonne cause, la cause de nous autres les gays ou le sauvetage des baleines naines ou la lutte anti-sida, pour chaque verre gay aux couleurs de ce sinistre arc-en-ciel coutant 25 euros, une affaire, ils verseront un centime pour la lutte anti-sida, c’est vraiment magnifique alors tu me diras si tu m’entends tu es trop dur avec moi mais comment veux-tu, alors que je t’aime, toi et tous mes frères et toutes mes soeurs, que je reste impassible en te voyant, toi mon objet de désir le plus rare le plus cher le plus aimé ma tata la plus belle la plus tendre mon enfant quadragénaire mon éclaboussure de lumière te vautrer en souriant dans de telles ignominies?
 
Sens critique, intelligence, sens critique et intelligence, sens critique et intelligence, sens critique et intelligence, nos biens les plus précieux et les moins désirés – les moins voulus, les moins souhaités.
 
La lumière commence à baisser jusqu’au noir. Tous les personnages disent à l’unisson, dans un doux chuchotement: Mais, comment te le dire?
 
 
 
 
 
 
Mai 2002


[1] Ici le nom de la ville où ce texte est joué.

Par Compagnie Sambre - Publié dans : Textes des spectacles
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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 11:33
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Immortelle exception
Notes pour conférence
 
 
 
Carole Thibaut
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Texte commencé en résidence à la Chartreuse, Centre National des Ecritures du Spectacle, en mai 2005
Achevé à Paris en novembre 2005
 
 
 
 
 
Créé en février 2006 à l’Espace Germinal de Fosses
dans une mise en scène de l’auteure,
avec, dans le rôle du conférencier : Maxime Leroux
et de l’assistante du conférencier : Isabelle Andréani
 
Reprise en février 2007 au Lavoir Moderne Parisien

Tandis que l’auditoire prend place, l’assistante Clara installe le matériel de conférence (pupitre, projecteur transparents, écran déroulant, objets hétéroclites servant à la démonstration, bouteille d’eau ou d’autres substances, etc.). Cette installation ne va pas sans difficultés (problèmes techniques, heurts avec le personnel technique,…).
Quand le conférencier juge que tout est prêt, il entre et gagne sa place derrière son pupitre, fait signe à son assistante. Celle-ci va alors se mettre en position au centre de la scène afin d’accompagner la démonstration.
 
Notes pour conférence
Petit 1
 
Quand tu as choisi ton camp restes-y c’est un bon conseil un conseil à suivre le seul conseil valable à recevoir
Reste là où tu t’accroches la première fois reste où la vie t’accroche par hasard comme un mollusque sur son rocher un ventre mou sans colonne et visqueux accroché à son rocher c’est la sagesse
Le mieux est l’ennemi du bien
Tu trouves un endroit où tu ne te sens pas trop mal la vie l’a trouvé pour toi par hasard et arbitraire total alors ne fais pas le malin restes-y souviens-toi de Sylla et Charybde
C’est une chance
Sacré chanceux va
Bouge plus alors cherche pas mieux y aura pas mieux crois-moi
Cherche pas mieux y’aura pas mieux crois-moi même si ce que tu ne connais pas t’allèche forcément en pêché d’orgueil comme le
Pour moi y’a forcément mieux
(Forcément ça allèche comme la chose à croûte rose et lisse dans la vitrine du pâtissier une fois mordu et les sous dépensés déception des déceptions tout ça pour ça et cholestérol diabète et cellulite)
 
L’assistante, vexée, salue rapidement et retourne à sa place
A partir de là, elle dormira, mangera un sandwich avec beaucoup de mayonnaise, se fera les ongles, en accompagnant parfois la démonstration d’animations de petits objets hétéroclites, projections de transparents, mime, langue des signes, pantomime, déguisements, etc.
 
Faut pas mordre dans ce qui t’allèche déception des déceptions toujours faut se souvenir de ça
Car plus tu avances plus tu perds
Faut refuser d’avancer de participer à la grande escroquerie
Dire
Non non je refuse d’être l’éternel dindon de la vaste farce
Et se tirer une balle dès son plus jeune âge
Ou si trop effrayé par sang et bouts de ta cervelle répandus
Refuser d’aller plus loin que le premier bout de rocher sur lequel la vie t’a posé
Comme ça pas de déception pas de perte pas de désillusion pas de compte en négatif juste le zéro
Le zéro
Faire acte de non vie
Révolution des révolutions
 
Hélas
Eternelle faiblesse et misérable folie de l’être nain toujours prêt à lorgner sur le bout du rocher voisin en disant
Si j’allais voir ailleurs si j’y suis
Mais ailleurs il n’y ait jamais faut croire puisqu’il va encore à l’ailleurs de l’ailleurs et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il retombe en poussière mais cela est trop joliment dit car en vrai c’est de la crève avec petits vers boulottant et squelette et moisissures car crève toujours l’être nain foin de menteries faut que cela soit dit une bonne fois pour toute crève toujours
Alors ne sert à rien de quitter le petit bout de rocher originel pour aller voir ailleurs puisqu’à la fin ça crève quand même
mais
qu’il insiste
moi non les autres qu’ils crèvent mais moi non car je suis l’exception qui confirme la règle la crève de tous les autres je suis l’immortelle exception
jusqu’au jour où ça lui arrive
Car ça lui arrive aussi forcément
ça arrive à tous sans exception mets toi bien ça dans la tête
orgueil et vanité des vanités de l’immortelle exception
Et pour prémunir sa grande menterie a inventé la fraîche épilation les parfumades les instituts de beauté les salons d’esthétique crèmes parfums et bottox a inventé les concessions éternelles a inventé les fleurs de tombe en porcelaine rouges et vertes a inventé rites funéraires grand brûlage des corps de ses morts tout un tas de traditions et religions a inventé des dieux immortels dessiné des dieux à son image et pense l’idiot pense
Si l’immortel est à mon image alors immortel je le suis moi aussi
Oubliant que c’est lui qui a inventé ses dieux en image immortelle de lui-même avec tout l’attirail qui va avec histoires légendes traditions religions révélations apparitions toute une série de menteries bien commodes en immortelle exception
Et là tous égaux rouge noir blanc jaune couleurs mêlées à chacun ses petits dieux ses petites traditions à chacun ses petites menteries en immortelle exception
Et chacun de dire à l’autre
Mes menteries sont meilleures que les tiennes car je suis moi la vraie l’unique la seule immortelle exception
Et chacun d’aller crever l’autre sous ce seul motif et chacun d’aller torturer blesser guerroyer exploser en milles particules de chair exploser en avion sur des immeubles de verres mitrailler hacher assoiffer brûler en usines à gaz déguisées en salles de bain ultramodernes émasculer trancher couper à la serpe en milliers de brassées violer écarteler affamer éclater les têtes des nouveaux nés comme des melons décapiter dévorer scalper contaminer à coups de rayons ultrasophistiqués et pestes buboniques encapsulées
Je n’en finirai pas ici d’énumérer tant est grand et créatif l’imaginaire en crevage chez l’être nain
Grand créateur en crevage
Et ensuite court sur la place ses petits bras levés au-dessus de son petit corps uniformé court en criant
J’ai gagné je suis l’immortelle exception
J’en vois un qui ricane du fond de son obscurité et qui croit que je ne le vois pas
Un qui pense
Ahah les ridicules croyances en tout genre et piteux outillage ahah les stupides homme libre je suis moi et non être nain car en rien de cela moi je ne crois
Se croit malin celui-là
Plus malin que les autres vanité des vanités
Il pense et pense que penser le sauve il refuse et la crème et le bottox et l’enfantement et dieu et la tradition et les crevages en tout genre il en tire grande fierté regarde le monde avec sourire paternel et petit coin de sa lèvre relevé en ironie
Mais suffisant crétin d’être nain pensant celui qui pense se veut encore d’avantage que tous l’immortelle exception puisqu’il va se répétant avec délectation infinie
ô immortelle exception de ma pensée
Et les autres êtres nains de ricaner et devant le coin de lèvre relevé en ironie paternelle du pensant suffisant marmonnent à leur tour entre leurs dents
Pense toujours pauvre crétin pensant tu crèveras tout pareil que nous dans ton illusion d’immortelle exception avec pourriture et mortelle terreur et vers de terre te boulottant et le matin quand tu vas te soulager sur le siège commun tu es aussi empuantant que nous
A noter ici que l’être nain souvent éradique le pensant au motif de cela même qu’il nomme la grande traîtrise du pensant
Et ce n’est pas bien
Non non
Ce n’est pas bien
Car à chacun son illusionnement à chacun son outillage de petites menteries à chacun son petit bout de rocher d’illusion faut bien que chacun essaie de s’arranger en attendant son jour de crève
 
 
Notes pour conférence
Petit 2
 
Ne sont pas épargnés non plus
les philosophes les intellectuels de gauche et même de droite (si tant est que cela soit possible qu’il en existe cela doit bien être possible en théorie tout au moins rien ne s’y oppose)
les anarchistes les communistes les capitalistes les ultralibéraux les centristes les socialistes les syndicalistes Léo Ferré Bayrou le pape Boby Ewing Georges Bush Emmanuel Kant Marcel Prust l’ensemble du corps enseignant et les épiciers
Bref
Il ne sert à rien ici d’énumérer
Aucun être nain n’échappe à cette règle
Et même si cela est dérangeant de fondre dans cette masse Bobby Ewing c’est ici le difficile devoir d’honnêteté
Car si Bobby Ewing est à l’évidence une forme idéale et forcément fictionnelle de l’être nain capable de nager longtemps dans une piscine américaine avec doigts de pieds et de mains palmés et d’en ressortir avec brushing impeccable il est de mon devoir d’honnêteté de dire qu’il n’échappe en rien à la vaste menterie des êtres nains
Et si tous ceux-là énumérés plus haut ainsi que les tous les autres qu’il ne sert à rien d’énumérer ici, si tous ceux-là étaient restés sur leur bout de rocher en ventre mou et visqueux accrochés là où la vie les a jetés par grand arbitraire et hasard total nous n’en serions pas là
Nous n’en serions nulle part et ce serait préférable bien sûr
 
 
Notes pour conférence
Petit 3
 
Synthèse des synthèses
Or donc qu’il soit admis une bonne fois pour toute afin que je n’ai pas à y revenir sans cesse car ceci peut être lassant à la longue pour toi comme pour moi qu’il soit admis que chaque acte ou non-acte de l’être nain est sous-tendu par cette pensée obsessionnelle que dis-je pensée plutôt instinct primaire et grande obsession de son immortelle exception et qu’il ferait mieux de s’éviter ce catalogue de menteries et illusionnements en tout genre que je viens d’énumérer ici et de rester sur son bout de rocher originel en dépôt mou et arbitraire de la vie en attendant qu’il crève ce qui éviterait bien des malheurs et complications
Ceci admis je peux poursuivre le cours de ma démonstration
 
 
Notes pour conférences
Petit 4
 
Je poursuis donc car ceci sous couvert de notes pour conférence
Chacun l’aura deviné - l’être nain n’est pas complètement crétin-
Ceci est une forme de spectacle un de ceux qu’on appelle monologue avec un acteur moi donc ici devant vous et payé pour se faire (dans le meilleur des cas) et j’irai jusqu’au bout de ma tirade parce que je tiens à mon cachet et aussi à ma réputation en tant qu’artiste ce sont les deux seules validités de mon existence inutile cachets et réputation donc je continue
Et s’il y en a qui veulent s’en aller ils le peuvent s’ils ont payé leurs places c’est correct puisque la place est payée pour les autres les invités les exonérés et autres parasites théâtraux ceux qui remuent leurs chaises toussent arrivent en retard et bousculent tout le monde pour poser leurs fesses bien en évidence et ne regardent pas la scène mais dans la salle pour voir si tous les voient bien pour voir si il n’y a pas un autre exonéré et si oui alors clins d’œil complices et lancé de main mouvements accentués des lèvres et rigolades en complicité du genre
nous sommes chez nous ici regardez nous bien ridicules payants anonymes
Et
On se retrouve au bar après
Pour au bar après critiquer avec force rictus expressifs et moues dégoûtées pour rire très fort et très aigu pour taper sur l’épaule du barman ou sur celle du directeur ou du metteur en scène ça dépend de leurs degrés d’avancement en leur métier de parasites et ceci toujours avec grande obsession de faire comprendre à tous et surtout aux pauvres anonymes payants - ah les ridicules payer pour aller au théâtre- que eux eux ils en sont
J’en suis moi
Proclament-ils muettement de toutes leurs attitudes et gesticulations
Or misérables êtes nains la plupart n’en sont pas justement juste des parasites et parasites des inutiles aux fesses écartées ceux-là qu’on nomme artistes la plupart juste cousin frère mère concubin et camarade de classe des inutiles aux fesses écartées ou relations de presse relation publique chargé de diffusion des inutiles aux fesses écartées ou encore journaliste critique et cousin de celle qui a travaillé sur le décor qui a peint ce petit bout là à droite et petite amie du conseiller du secrétaire général qui peut être oui peut-être programmera gratuitement ce spectacle-là pour son jardin public d’hiver et tout ce petit monde souvent bien mieux payé que l’inutile aux fesses écartées que celui qui par exemple se débat sur scène devant vous en cet instant c’est-à-dire moi pauvre serviteur de scène avec fesses tendues vers vous
J’ajoute à l’attention de ceux-ci les acheteurs ainsi qu’on les nomme justement que photos dossier presse et non presse tout ceci relié très cher tout ceci bien plus cher que mon maigre cachet tout ceci est disponible à l’accueil auprès de la jolie blonde au sourire accroché et décolleté plongeant qui fait le piquet et que même au chapeau dans le jardin public d’hiver ça nous va en fait parce qu’en ces temps de censure et de misère culturelle l’inutile aux fesses écartées ne va pas chipoter on prend tout qu’on se le dise on prend tout même foyers de quatrième âge à sonotones sifflants même cours d’écoles maternelles sous pluie battante même goûters d’anniversaires et dans ce cas je me déguise en fée coccinelle et animations de rallyes en hôtel particulier et kermesses rurales entre stand de frites et labyrinthe en mousse pour gamins dégénérés on prend tout et en plus on solde qu’on se le dise et pour le même prix soldé je peux aussi vous pousser la chansonnette et demander à mon assistante Clara qui est en fait dans le vrai du vrai ma copine Zaza de venir vous faire un petit streap y’a pas de raison il en faut pour tous les goûts et vive le théâtre populaire et la décentralisation
 
Mais dans les parasites pas ou peu d’élus
Les élus levez la main
On peut reconnaître ceci à l’élu malgré tous les défauts dont il fait preuve à longueurs de mandats on peut lui reconnaître ceci à l’élu qu’il va rarement au théâtre ou s’il y va il dort et ne pense guère à sortir car s’il y va c’est pour se montrer
dire
Regardez comme je m’intéresse
Et donc ne peut que rester à dormir à sa place
 
Tous parasites des inutiles aux fesses écartées
Et je n’ai pas parlé des programmateurs diffuseurs directeurs de lieux de théâtres de centres culturels de maisons de jeunes de quartiers de centres dramatiques nationaux régionaux de théâtres nationaux de scènes nationales professionnels des professionnels et il faudrait en parler et en parler d’avantage car d’avantage parasites encore
Mais je n’en parlerai pas ici
Auto-censure de l’inutile aux fesses écartées dictée par la grande censure larvée des professionnels des professionnels
Motus
Et ceci glissé encore en ton conduit auditif ceci encore ô être nain mon frère de tout dire il n’est jamais bon ceux qui te disent le contraire sont des fous ou des super-protégés et ce sont souvent les mêmes car qui peut aujourd’hui se permettre d’être fou à moins de n’être en même temps super-protégé
Donc
Motus
Ne fais pas ton Don quichotte ton Zorro ton Robin des bois ou ton Bobby Ewing ne te dresse pas contre le puissant même si ce puissant n’est plus celui qu’on croit même si c’est une petite crotte de puissant sans envergure ferme-la râle tant que tu veux mais à voix basse inaudible dans les WC porte fermée à double tour et lumière éteinte
Ne crois pas en ceux qui clament révolution révolution en ceux qui veulent prendre les armes ce sont de futurs dégonflés qui à la première pièce qu’on leur jettera pour les faire taire feront le dos rond avec anus écarté distendu et te laisseront seul et tout nu ridicule des ridicules à hurler au milieu de la foule et emmené par les gardes jeté au fond d’un cachot pour fou non super-protégé
Ceci étant dit et après cette double parenthèse je reprends le fil de ma tirade
 
 
Notes pour conférence
Petit 4 bis
 
Ce point que je vais aborder est essentiel pour le bon déroulement de nos festivités de parole céans
Tous les parasites cités plus haut tous ceux-là que j’ai énumérés sont interdits de sortie en cours de spectacle quatre gardes figurants comédiens au chômage relatif et très musclés attendent aux issues de la salle et vérifient les billets de ceux qui veulent sortir et ceux qui n’ont pas payé ne passeront pas
sous aucun prétexte
qu’on se le dise
Et s’ils veulent absolument sortir alors qu’ils paient leur dû avant et ceci est prévu la caisse est restée ouverte exprès vous la trouverez en sortant à côté de la petite blonde au sourire accroché les quatre balèzes se feront un plaisir de vous y conduire
Et maintenant je vais demander à mes quatre collègues gardes comédiens au chômage relatif c’est-à-dire intermittents de se lever afin que je vous les présente comme ça vous saurez à qui vous adresser pour le billet ce sera plus simple
Voici donc X, Y, Z et W (*)
(*) ici les vrais prénoms des 4 figurants
Merci pour eux.
C’est bon les gars vous pouvez vous rasseoir.
Et pendant que nous y sommes merci d’applaudir aussi le régisseur autre acteur de l’ombre enfermé au fond de sa cahute là-haut avec un stock de produits stupéfiants qui seuls lui permettent de lutter contre la morosité répétitive de son métier
La blonde au sourire accroché et décolleté plongeant en stage non rémunéré
La femme de ménage bosniaque réfugiée politique clandestine à qui le gouvernement français a refusé sa demande d’asile sous prétexte qu’il n’y a plus de viols officiels dans son pays juste des bandes de voyous qui s’amusent un peu mais quoi ça y’en a aussi chez nous et on ne peut pas empêcher la jeunesse de rigoler un peu
Le barman congolais réfugié politique clandestin à qui le gouvernement français a refusé sa demande d’asile sous prétexte que si on est syndicaliste sous une dictature faut pas s’étonner après d’en subir quelques désagréments y’a des gens qui cherchent vraiment les emmerdes on peut tout de même pas recueillir tous les cinglés masos révolutionnaires de la terre où irions-nous et après comment instaurer un régime sarkozien dans un tel climat subversif je vous le demande
La caissière engagée en CDI à l’essai sur deux ans en CES avec exonération des charges patronales mais quoi faut bien que le théâtre indépendant vive
L’administratrice qui vient d’être virée du régime des profiteurs intermittents parce que ça va bien de payer des inutiles aux fesses écartées à ne rien faire si ce n’est à polluer l’esprit des braves et honnêtes citoyens mais si on doit en plus payer ceux qui les paient comment voulez-vous instaurer un régime sarkozien dans un tel climat délétère je vous le demande
Mon père et ma mère qui ont beaucoup souffert quand j’ai abandonné mes études pour me jeter dans ce métier d’inutile mal payé aux fesses écartées
Voilà
Merci pour eux
Nous pouvons poursuivre
 
Et maintenant que les règles sont claires pour tout le monde je vais reprendre le cours de ma tirade le fil de mon implacable démonstration en précisant tout de même au cas où il y aurait des metteurs en scène agents réalisateurs et proxénètes d’inutiles en tout genre dans la salle qui seraient passablement agacés par ce règlement
Je n’y suis pour rien je répète les mots de l’auteur
Je n’y suis pour rien je vous comprends ouh que je vous comprends
Et même à cet instant même je ne contrôle rien je n’y suis pour rien faut bien que je gagne ma croûte surtout que je ne suis plus si jeune et que les engagements se font rares car la société souffre d’un jeunisme débridé et là ça me fait un cachet et que c’est toujours un de plus pour mes 507 heures que le petit frère de Sarkozy ne me grignotera pas du haut de son club patronal et donc j’ai accepté foin de toute dignité et fesses écartées
bien
Ceci étant éclairci
je poursuis
 
 
Notes pour conférence
Petit 5
 
Or donc reprenons notre fil comme si de rien n’était
Et d’abord petite synthèse nécessaire car moult digressions
Si si
Petite synthèse nécessaire
Et si je vois encore une fois le petit malin d’être nain crétin du troisième rang soupirer je lui colle un plein tarif rétrospectif
Or donc
Re-synthèse
Reste où la vie t’accroche la première fois par hasard comme un mollusque sur son rocher un ventre mou sans colonne et visqueux accroché à son rocher c’est la sagesse
Le mieux est l’ennemi du bien
Et ceci que j’ai déjà dit vaut aussi pour l’accouplement
Où la vie t’accouple restes-y
Ne dis pas comme tant d’autres
Si j’allais voir ailleurs (chez le voisin par exemple) si son accouplement y est meilleur que le mien
Grandes bêtises et ridicules achevés de l’être nain tout se résume aussi à cela
Immortelle exception de ma passion
la tienne ah ah quel ridicule ne vois-tu pas là où cela va déjà
souviens-toi d’Ariane et de ses Waters Closettes
mais la mienne non car quand je pense à l’être aimé jamais je ne défèque
Mon amour est l’immortelle exception qui confirme la règle de vos pauvres crevages en passion
Je le sens je le sens et jamais on ne t’a aimé comme cela
Oh l’immortelle exception de ma passion
Je t’aime je t’aime je t’aime etc.
Bouquets de fleurs et bouquets d’étoiles repas aux chandelles et lettres enflammées rendez-vous manqués cœurs battants et mains tremblantes frôlement accidentel des tissus adipeux mots murmurés souffles qui se mêlent étreintes tamisées corps frissonnants visionnage attendri de photos d’enfance confidences promesses et serments océan de mots pastels symphonies savantes et concerti romantiques et regarde un peu mon âme ces étoiles scintillantes au-dessus de nos têtes énamourées
Tout ça pour finir en ahanements chairs qui poissent et gémissements animaux positions acrobatiques et fort ridicules quand on y pense cul en haut et cuisses remontées et poils noirs qui sortent de là et puanteurs matinales mêlées
Tout ça pour finir en lent dégoût indifférence ennui par trop de mortelle habitude et la mortelle habitude ne vaut rien à l’immortelle passion tout ça pour finir en bruits de mâchoire du matin et mouchages du soir et frôlement des mains dans le lavabo commun des petits matins gris
Et un jour
ah jour fatal jour misérable
ah souviens-toi d’Ariane construisant des waters closettes très éloignées pour que ne parvienne jamais aux oreilles amoureuses de son seigneur le bruit honteux de sa défécation quotidienne
un jour
Porte des waters closettes laissée entrouverte pour plus grande commodité de discussion à propos de la liste des courses hebdomadaires porte laissée entrouverte sur défécation matinale porte des waters closettes laissée entrouverte qui scelle la fin de l’immortelle exception de notre amour mon amour
Ah souviens-toi toujours de cela
L’amour des êtres nains est une pauvre chose
Illusion des illusions vaste menterie toujours recommencée de l’amour
Car ici hélas pas de leçon qui vaille ni conseils en sagesse qui tienne
Pas de bonne résolution qui dure plus longtemps que la remontée des sucs printaniers et des phéromones
Et donc
Tu l’auras deviné car tout nous ramène toujours à ce seul conseil valable en antique sagesse
Le rocher
Oui
Oui encore petit malin
Où la vie t’a posé accroché en grand arbitraire et total hasard sur le premier bout de fesses venu restes-y qu’elles soient boutonneuses encellulitées pendantes en forme de poire ou flasques ou même rebondies superbement ce sont les risques de l’arbitraire de la vie et surtout du déterminisme.
 
 
 
Notes pour conférence
Petit 6
 
A ce stade on pourrait me traiter de théoricien de droite
Déterminisme et libéralisme et blablabla
Ou de théoricien de gauche
Tatata déterminisme et socialisme et blablabla
A ceci près qu’il faut bien admettre que si on pousse le raisonnement logique jusque dans ses confins alors droite et gauche en prennent un sacré coup dans l’aile ou pour parler mieux n’y résistent pas
Car l’être nain a par commodité partagé le monde des idées en deux parts simplistes et bien définies que sont les idées de gauche d’une part et les idées de droite d’autre part et ceci pour la compréhension du plus grand nombre car la démocratie toute bénéfique et parfaite qu’elle soit en tant que valeur politique référente absolue et non remettable en cause dans nos sociétés – non non ne la remets pas en cause je ne te le conseille pas - la démocratie a comme seule faiblesse justement de concerner le plus grand nombre
Ici il semble nécessaire de revenir aux racines langagières antiques – un peu de culture ne nuit pas et tu pourras toujours l’étaler et ainsi épater tes copains tu n’auras pas totalement perdu ta soirée - or donc que nous disent les racines langagières antiques – Clara s’il vous plaît – merci Clara - nous constatons ici que démocratie vient de démos le peuple - et non de démon crétin inculturé - et de cratos le pouvoir - et non de cratère, d’où il ressort que démocratie signifie d’une part le peuple (démos) donc le plus grand nombre
c’est-à-dire
presque tous
car sont bien évidemment exclus du démos de la démocratie
les enfants, adolescents et jeunes de moins de 18 ans
les immigrés clandestins c’est-à-dire les sans papiers c’est-à-dire les non désirés les en trop et même s’ils paient leurs impôts ça n’y change rien l’être nain sans papier n’est rien
Sont exclues aussi par grande tradition folklorique les femmes
Et aussi les fous et c’est bien regrettable
Bref
La démocratie concerne donc le plus grand nombre sauf ceux-là que je viens d’énumérer
C’est-à-dire que la démocratie concerne ceux qui comptent
Et dans ceux qui comptent nombre de chasseurs de lecteurs du Figaro ou de Libé de visionneurs de talk show télévisuels dont le quotient culturel et intellectuel se situe dans la ligne de c’est mon choix et de ça se discute de supporters de foot avec fanions peintures de guerre sur le front et petits sifflets et je vais arrêter là cette énumération parce que tout le monde ici sait de qui je parle et pourra se dire
Mon voisin oui mais pas moi
en sa certitude d’immortelle exception démocratique
Essaie joue avec moi regarde ton voisin et pense très fort mon voisin oui mais pas moi et toi aussi sens l’immortelle exception de ton engagement démocratique
Bravo
Tu as gagné
Tu es un vrai démocrate
Bien
reste le cratos de la partie cratie
et là heureusement heureusement les traditions de l’être nain étant toujours plus fortes que ses convictions celui-ci dans son infinie sagesse s’est dit la démocratie est une belle chose ne la gâchons pas confions-là à ceux qui savent à ceux qui ont la tradition de la gouvernance et donc a désigné l’élu et le technocrate et l’ENArque et le fils de bonne famille pour qu’ils soient le cratos de la démocratie
demos et cratos les deux mamelles de la démocratie
D’un côté le peuple de l’autre le pouvoir
Et maintenant comment ça marche
Le cratos gouverne du haut de son verger luxuriant c’est-à-dire se gave de fruits juteux et exotiques cultivés par le démos et de temps en temps pour faire œuvre de démoscratos laisse tomber une petite pomme dans le jardin ouvrier du petit demos et alors tous les petits démos de se ruer sur la pomme de se l’arracher et de la transformer en compotes de débats et alors ah l’insécurité les juifs les arabes les 35 heures la petite pipe de Clinton le rond point de la rue du marché et la toiture de l’église la gauche et la droite le prix du camembert et le prix de l’essence le tsunami la grippe de basse cour non non pas le sida en Afrique et les laboratoires pharmaceutiques faut pas bouziller le verger luxuriant du cratos quand même faut bien qu’il y gagne quelque chose à sa gouvernance sinon qui voudra s’en charger ohlala surtout pas moi et alors petite pomme réduite en compote et chacun retourne à sa place et tout le monde est content
Ainsi le cratos pour gouverner en paix a inventé toute une série d’outillage en crétinerie journaux et télévisions et journaux-télé et comment je passe à la télé en grand concours de crétinerie et qui sait le plus crétin c’est moi nanana et son voisin se ruant sur la caméra ah non non c’est moi écoute écoute blague idiote non non moi blague de cul non non c’est moi blague de grande vulgarité et tout le petit peuple en démos de s’esbaudir en chœur oh qu’il est beau qu’il est crétin c’est bien lui le plus crétin c’est lui que je préfère vite vite aux urnes
Et summum de l’abrutissement a inventé la gauche et la droite pour grandes compotes de débats démocratiques
La gauche et la droite les deux golden de la démocratie
Tu préfères la rouge ou la verte la droite ou la gauche si tu sais dire laquelle tu es un bon petit peuple en démocratie un esprit averti engagé un presque révolutionnaire un qui pense un qui se laisse pas gouverner comme ça non non un qui a son mot à dire en matière de gauche et de droite en matière de démocratie en matière de pommes
 
Voilà pourquoi l’être nain est et restera déterminé en démos cratos et le cratos le sait bien lui du haut de son verger
Voilà pourquoi il faut cesser d’être un crétin de petit demos à mordre dans toutes les pommes qu’on te balance
Rester su
Par Compagnie Sambre - Publié dans : Textes des spectacles
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Mardi 3 juillet 2007 2 03 /07 /Juil /2007 17:46
Ce texte a été édité aux éditionsambrethéâtre en mars 2007. 
Pour commander un exemplaire, envoyer un mail à editionsambretheatre@compagniesambre.org 
(prix TTC : 10€)
 
  
 
 
 
 
AVEC LE COUTEAU
LE PAIN
 
 
 
 
Carole Thibaut
 
 
  
 
 
 

 
 
 
 
A  Armando
qui fut le premier à lire cette pièce
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Texte commencé en août 2002 à Pélussin (résidence d’écriture à la Maison Gaston Baty), achevé à Paris en avril 2004
 
 
« Avec le couteau le pain » a obtenu la bourse d’encouragement de la DMDTS en juin 2004
Il a été sélectionné et mis en lecture par l’association « A mots découverts » au Théâtre du Rond Point en octobre 2004,
par le Théâtre de la Tête Noire en avril 2006, par le Théâtre de l’Ephémère en mars 2006, scènes conventionnées autour des écritures contemporaines, mis en lecture par la cie Sambre au salon du théâtre en juin 2006.
 
 
Création en janvier 2007, dans une mise en scène de l’auteure / Production Sambre.
 
 
Texte déposé à la SACD – tous droits réservés
 
Personnages :
 
La gamine
 
Le père 
 
La mère
 
 Norbert le jeune homme
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
Prologue (mimodrame1) : Ca commence comme ça
 
Scène 1 : Le repas familial
 
Scène 2 : La leçon
 
Scène 3 : Apparition
 
Prière 1
 
Scène 4 : La lettre
 
Scène 5 : Présentation
 
Interlude : Mimodrame sur l’air de Chantal Goya
 
Scène 6 : Conseils maternels
 
Prière 2
 
Scène 7 : Vocation
 
Variations 1, 2, 3 sur scène de Vocation
 
Scène 8 : Premiers émois
 
Scène 9 : Tête à tête
 
Scène 10 : Expiation
 
Prière 3
 
Scène 11 : Leçon de maths Bis Répétita
 
Scène 12 : Bénédiction paternelle
 
Scène 13 : Caprice
 
Interlude : Mimodrame sur l’évangile selon Saint Matthieu
 
Scène 14 : La paix
 
Interlude : Mimodrame sur un air de chanson d’amour populaire
 
Scène 15 : Enterrement d’une vie de jeune fille
 

 Ca commence comme ça
Prologue (mimodrame 1)
 
Un couple apparaît
La gamine
Ca commence comme ça
A son mariage, maman était très belle et vierge.
Papa aussi était très beau mais plus tout à fait puceau
Pour un garçon on ne dit pas vierge on dit puceau
Pour une fille c’est pas pareil                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Papa disait toujours pour une fille c’est pas pareil
Le couple sourit à l’objectif
PHOTO
Papa c’était le portrait craché d’Alain Dulon
 
Papa était riche
Maman était pauvre et orpheline
Ils s’aimaient
Le couple échange un baiser
PHOTO
Comme dans les contes de fées
 
 
Papa, pour maman, c’était le prince charmant
Un prince charmant avec la tête d’Alain Dulon
Le couple sourit à l’objectif
Le marié porte un masque d’Alain Dulon.
PHOTO
Papa avait dédaigné l’amour d’une jeune fille de bonne famille très riche
pour épouser maman.
C’est pour dire comme papa aimait maman.
Une jeune fille en pleurs apparaît
Le couple sourit à l’objectif
PHOTO
La maman de papa ça ne lui plaisait pas tout ça.
Elle était colère
Mais papa a quand même décidé d’épouser maman.
Alors la maman de papa a dit qu’elle ne voulait plus jamais le revoir.
C’est pour dire comme papa aimait maman.
MIMODRAME
La grand-mère apparaît, très colère
La grand-mère chasse la mariée
Le marié s’interpose
La mariée pleure
 Etc.
Maman, qui n’avait eu ni père ni mère, pleura beaucoup
La mariée pleure
Le marié hausse les épaules
PHOTO
Mais elle finit pas se dire qu’ainsi elle n’aurait pas non plus de belle-mère.
La mariée et le marié haussent les épaules
PHOTO
Bref, c’était le bonheur
 
Le couple sourit à l’objectif
La mariée est enceinte
PHOTO
Un vrai conte de fées
Le marié tient dans ses bras un bébé emmailloté
Le bébé se met à pleurer
PHOTO
Et puis je suis arrivée.
Vagissements du bébé.
 
 
NOIR
 
 
 

Scène 1 - Repas familial
 
Le père - la mère - la gamine
A table
 
La mère
Trois fois que je t’appelle
 
La gamine
Pas entendu
 
Le père
Ne réponds pas à ta mère
Et l’école
 
La gamine
Ca a été
 
Le père
Ca veut dire quoi
 
La gamine
18 en français j’ai eu
 
Le père
Et les maths
T’as pas eu maths
 
La gamine
Si
 
Le père
Alors
 
La gamine
Interro
 
Le père
Alors
 
La gamine
Ca a été
 
Le père
Ca veut dire quoi
 
La gamine
Ca a été je crois
 
Le père
Tu crois ou t’en es sûre
 
La gamine
J’en suis sûre je crois
 
Le père
Combien
 
La gamine
14 ou 15
 
Le père
14 ou 15
 
La gamine
14 non 15
15 je crois oui 15 j’en suis sûre
 
Le père
Pourquoi pas 20 si t’as réussi
T’as réussi ou pas
 
La gamine
Je crois
 
Le père
Tu crois ou t’en es sûre
 
La gamine
J’en suis sûre je crois
 
Le père
Si t’as réussi pourquoi pas 20
 
La gamine
C’était du par cœur
 
Le père
Trop intelligente pour ça
 
La gamine
Personne a jamais 20
 
Le père
C’est pas parce que les autres ont jamais 20 que tu dois pas avoir 20
C’est pas parce que les autres sont des idiots que tu dois être une idiote
Et si les autres vont se pendre tu iras te pendre aussi
Tu vas pas réussir comme ça
Tu vas pas réussir
 
La gamine
18 en français 
Le père
Le français c’est juste bon pour les putes ou les bonnes sœurs
 
La gamine
15 en maths c’est bien
Pourquoi je devrais avoir 20 en maths personne a jamais 20 en maths
Je suis presque toujours la première en maths et j’aime pas les maths d’abord
 
Le père
T’aime pas les maths 
Dans la vie on fait pas toujours ce qu’on aime
Tu crois que c’est à lire des romans que tu vas réussir
Tu veux finir pute ou prof dans une ecole de bonnes sœurs
C’est ça que tu veux
 
La mère
Ne t’énerve pas, chéri
 
La gamine
Je veux pas faire maths je veux faire français
 
Le père
Tu fais maths et après tu fais ce que tu veux
 
La gamine
Quand après
 
La mère
Ne réponds pas à ton père
 
La gamine
Quand je fais ce que je veux 
 
Le père
Quand t’es plus chez moi
Tu fais ce que tu veux quand t’es plus chez moi
Chez moi tu fais ce que je veux
Plus tard
Tu verras
Tu me remercieras
Tu diras papa avait raison
Plus tard encore tu diras ah si papa était encore là
Ah si papa était encore là tu diras et ce sera trop tard
C’est toujours comme ça
Tu verras
Toi aussi
Comme moi avant toi
Et mon père avant moi
Et le père de mon père
Tu verras
 
La mère
Coupe pas le pain avec la main c’est sale
 
La gamine
C’est comme ça dans la bible
 
Le père
Ici t’es pas dans la bible ici t’es chez moi
Ici on coupe le pain avec le couteau
Avec le couteau le pain
Le père pointe le couteau sous la gorge de la gamine
Coupe avec le couteau
 
La gamine
Vas-y qu’est-ce que t’attends
 
La mère
Monte dans ta chambre
 
Le père
Où tu vas
 
La gamine
Dans ma chambre
 
La mère
Ne réponds pas à ton père
 
La gamine
C’est toi qui me dis
 
Le père
Tu réponds à ta mère
 
La mère
Ne t’énerve pas, chéri
 
Le père
Tu réponds à ta mère
 
Ah tu réponds à ta mère
Le père gifle la gamine
La gamine
je veux pas faire maths je veux faire français
 
Le père
tu feras ce qu’on te dit
tant que tu es chez moi tu fais ce que je te dis
Le père frappe la gamine
La gamine
J’aime pas les maths
La gamine se recroqueville par terre
Le père frappe la gamine
Le père
ah t’aimes pas les maths
Tu vas les aimer les maths
Ah t’aimes pas les maths
 
La gamine (au public)
On pourrait dire que le grand responsable, c’était les maths. Ou le français. Moi je pensais que c’était moi. Et sur ce point tout le monde était d’accord.
 
Le père
Tu vas les aimer les maths
 
La gamine (au public)
Mais peut-être qu’en fait c’était les maths.
 
PHOTO
 
 

Scène 2 – La leçon de maths
Le père - la gamine
Le père
A toi
 
La gamine
C’est pas comme ça que j’ai appris
 
Le père
C’est comme ça qu’il faut faire
 
La gamine
Mon prof explique pas comme ça
 
Le père
Fais comme ça tu vas l’épater ton prof
 
La gamine
Faut faire comme il dit
 
Le père
Fais comme je dis tu verras
 
La gamine
Il va me mettre 0
 
Le père
Ton prof mettra pas 0 à mon explication
 
La gamine
Ton explication elle est trop difficile
 
Le père
Tu ne fais aucun effort
 
La gamine
Je comprends rien
 
Le père
Ou alors tu es bête
Ma fille est bête
Pitié mon dieu ma fille est bête
 
La gamine
Je suis trop petite pour ton explication
 
Le père
T’es pas trop petite pour faire l’idiote avec tes amis
 
La gamine
C’est trop difficile
 
Le père
Essaie
 
La gamine
Je vais le faire dans ma chambre
 
Le père
Ici
 
La gamine
Dans ma chambre avec mon livre
 
Le père
Ici
 
La gamine
S’il te plaît papa
 
Le père
Ecris
Entre parenthèses petit A fois 6 fermez la parenthèse sur entre parenthèses 7 moins petit B fermez la parenthèse multiplié par 3 égal entre parenthèses
multiplie par 3
 
La mère arrive
La gamine
Dans ma chambre avec mon livre
 
Le père
continue
 
La mère
Ne t’énerve pas chéri
Ecoute ton pere
Ton père fait tout ça pour toi
Tu crois que ça l’amuse
 
Le père
Reprends
 
La gamine
J’y arrive pas
 
Le père
Ecris multiplié par 3 égal
Ecris multiplié par 3 ouvrez la parenthèse petit C fois 4 fermez la parenthèse sur
 
La gamine
J’ai pas appris
Ca j’ai pas appris
 
Le père
Comme ça tu sauras avant les autres
 
La gamine
Ca va tout m’embrouiller
 
Le père
Essaie au moins avant de dire que tu ne sais pas
 
La gamine
S’il te plaît papa
 
Le père
essaie
 
La gamine
J’y arrive pas
 
La mère
Ne réponds pas à ton père
 
Le père
Ecris entre parenthèses petit A fois 6 arrête de pleurnicher fermez la parenthèse sur entre parenthèses 7 moins ecris et arrête de pleurnicher 7 moins petit b fermez la parenthèse multiplié par 3 égal entre parenthèses ecris
 
La gamine
Oh et puis
Zut
PHOTO
Le père
Qu’est-ce que tu as dit
Répète ce que tu as dit
J’ai mal entendu
S’il te plaît ma petite chérie répète ce que tu as dit
 
La gamine
Excuse-moi
 
Le père
De quoi
Je n’ai pas entendu ce que tu as dit
De quoi faut-il que je t’excuse ma petite chérie
Pardon ma petite chérie voudrais-tu avoir la gentillesse de répéter ce que tu as dit
Ton papa n’a pas compris
 
La gamine
Excuse-moi
 
Le père
Et avant
Qu’est-ce que tu as dit avant ma petite chérie
 
La gamine
Ca m’a échappé
 
Le père
Qu’est-ce qui t’a échappé
Qu’est-ce qui t’a échappé ma petite chérie
 
La gamine
J’ai dit oh et puis
Zut
 
Le père
Tu as dit oh et puis          
Zut
Qu’est-ce que ça veut dire oh et puis zut ma petite chérie
 
La gamine
Ca m’a échappé
 
Le père
Ca t’a échappé
Tu dis Zut à ton père comme ça parce que ça t’échappe
Zut
Et après Ca m’a échappé
 
La gamine
Je voulais pas dire ça
 
Le père
Toi tu dis comme ça des choses que tu veux pas dire
Ca t’échappe
Oh et puis Zut papa
 
La gamine
Pardon papa pardon pardon s’il te plaît pardon papa s’il te plaît je m’excuse s’il te plaît je t’en prie papa pardon pardon je t’en prie papa je t’en supplie pardon papa
 
Le père
Tu dis Zut et puis pardon papa et tu crois que ça suffit.
 
La gamine
pardonne-moi je t’en supplie papa pardonne-moi
 
Le père
Et tu crois que ça suffit
Le père essaie d’attraper la gamine
La gamine s’enfuit
Le père la poursuit
La mère reste seule en scène.
PHOTO
Le père (Off )
Tu crois que ça suffit
tu dis zut a ton pere
Et tu crois que ça suffit
La gamine et le père réapparaissent en courant
Le père s’immobilise
La gamine s’immobilise
La gamine
pardon pardon je t’en prie pardon papa pardon pardon
 
La gamine se recroqueville sur le sol
Le père frappe la gamine
Le père
Ah tu dis zut a ton pere une gamine qui dit zut a son pere je vais t’apprendre a dire zut moi je vais t’apprendre a dire zut a ton pere je vais t’apprendre moi
Le père arrête de frapper et sort brusquement
 
La mère
Pourquoi tu l’énerves aussi
La mère sort
La gamine n’a pas bougé
PHOTO
La mère revient
La gamine n’a pas bougé
La mère
Ton père s’excuse
Arrête ton cinéma
Il s’excuse
C’est fini
On oublie
Lève-toi
Arrête ton cinéma et monte dans ta chambre
La gamine ne bouge pas
La mère sort

Scène 3 – Apparition
La mère – la gamine
La gamine
J’ai vu la vierge
 
La mère
Arrête ton cinéma
 
La gamine
Elle m’est apparue dans la cave
 
La mère
Et qu’est-ce qu’elle t’a raconté la vierge 
 
La gamine
Elle m’a dit qu’elle reviendrait me voir
Que j’étais choisie
Qu’elle veillait sur moi
Puis elle m’a embrassée et son baiser a brûlé mon front
J’ai senti une grande chaleur m’envelopper
Je pleurais je pleurais je ne pouvais plus m’arrêter
Ca coulait de mes yeux comme un fleuve sur mes joues
Après je ne sais plus
Je me suis évanouie
Quand je me suis réveillée la lumière de la cave était éteinte
L’air était glacial
Il flottait autour de moi comme un brouillard blanc
 
La mère
Si la vierge devait apparaître c’est pas toi qu’elle choisirait
 
La gamine
Elle est bien apparue à Sainte Thérèse
 
La mère
Justement
 
La gamine
Justement quoi
 
La mère
Tu te prends pour une sainte
 
La gamine
Sainte Thérèse non plus n’était pas sainte avant
 
La mère
Faut un terrain propice
 
La gamine
Je l’ai vue je te jure
 
La mère
Ne jure pas
 
La gamine
Je l’ai vue
 
La mère
Mon dieu que tu es fatigante
 
La gamine
Regarde
 
La mère
Quoi
 
La gamine
Je saigne des mains
 
La mère
Tu es encore tombée
 
La gamine
C’est des stigmates
 
La mère
Commence par obéir à la maison après on verra pour les stigmates
 
La gamine
J’ai été sage cette semaine
 
La mère
C’est tout le temps qu’il faut l’être
 
La gamine
J’ai mis la table tous les soirs
Quand t’as pas voulu que je sorte j’ai rien dit
Je suis montée dans ma chambre et j’ai fait mes devoirs
J’ai obéi sans rien dire
 
La mère
T’as fait ta tête
 
La gamine
J’ai pas fait ma tête
J’étais heureuse d’obéir sans rien dire
 
La mère
Ne fais pas l’hypocrite
Je n’aime pas les enfants hypocrites
 
La gamine
Je fais tout ce que tu dis
 
La mère
C’est pas suffisant
 
La gamine
Qu’est-ce que je dois faire
Maman
Dis moi ce que je dois faire
 
La mère
Toi tu fais parce qu’on te dit de faire
Tu fais tout par calcul
Froide et sans cœur
Voilà ce que tu es
 
La gamine
C’est pas vrai
 
La mère
C’est bien joli de faire tes prières et tout ton cinéma
A passer des heures chez le curé à faire des manières
A faire ta douce chez les autres
Mais moi je te connais
 
La gamine
Qu’est-ce que je dois faire
Maman
Dis-moi ce que je dois faire
 
La mère
Va te laver les mains on passe à table
 

Prière 1
 
 
Sainte Marie mère de Dieu
Je promets
Je ne battrai plus le chien
Je promets
Je ne me mettrai plus en colère
Je ne répondrai plus à maman
Je ne volerai plus de paquets de biscuits à la cave
Je serai douce et gentille
Je promets
J’apprendrai par cœur toutes les leçons
Toutes les formules de physiques
Même celles qu’on ne doit pas savoir
Même celles de l’année prochaine
Je ferai tous les exercices du livre de maths
Même ceux qu’on n’est pas obligé
Je promets
Je serai calme en classe
Je ne parlerai plus avec Benoît
Je ne parlerai plus à personne
Je promets
Je serai toujours obéissante et silencieuse
Je ne ferai plus le clown
Je ne serai plus jamais excitée
Je parlerai avec une voix douce
Je ne ferai plus de gestes brusques
Je ne courrai plus
Je ne dirai plus de gros mots
Je promets
Je serai douce et gentille avec tout le monde
Même avec la grosse Sophie
Je promets
Ils diront arrête ton cinéma
Je ne bougerai pas
Je resterai pareille
Je promets
Si on m’embête je ne dirai rien
Si on me frappe je tendrai l’autre joue
Si il y a en qui se moquent c’est pas grave
Je ne bougerai pas je ne répondrai pas je resterai pareille et je sourirai doucement
 
 
 

 Scène 4 – La lettre
 
La mère - la gamine
 
La mère
Qu’est-ce que c’est que cette lettre
 
La gamine
Quelle lettre
 
La mère
Qu’est-ce que c’est de mettre des lettres sous notre oreiller
Tu ne peux pas être simple
Faut toujours que tu fasses des manières
 
La gamine
C’est rien
 
La mère
Toujours que tu fasses des histoires
Que tu joues les martyres
T’es pas malheureuse crois-moi
T’es pas malheureuse ma fille
 
La gamine
Je sais ça maman
 
La mère
Moi à ton âge on m’obligeait à aller ramasser du bois dans la forêt les soirs de neige
Comme cadeau de Noël on n’avait qu’une orange pour deux et on était heureux
Toi des oranges tu en manges tous les jours
 
La gamine
Oui maman
 
La mère
C’est de ma faute
Je t’ai trop gâtée
Je voulais tellement pas que tu connaisses la même chose que moi
Je me disais si un jour j’ai des enfants je ferai tout pour qu’ils ne connaissent pas la même chose que moi
J’ai été trop gentille avec toi
C’est ma faute
 
La gamine
C’est pas ta faute maman
C’est que moi

Scène 5 – Présentation
 
La gamine  - le père - Norbert
 
Le père
Gamine je te présente Norbert
Norbert voici ma fille
 
La gamine
Bonjour Norbert
 
Norbert
Bonjour Gamine
 
Le père
Norbert est le fils de mon très bon ami
Mon très bon ami dont je t’ai parlé souvent
Norbert est un brillant élève promis à un brillant avenir
Comment vont les études mon jeune ami
 
Norbert
Elles vont
 
Le père
A la bonne heure je m’en doutais
Toujours les maths
 
Norbert
Plus que jamais Monsieur
 
Le père
A la bonne heure
Pas de réussite sans mathématiques
C’est ma devise
Il faudra aider la gamine à l’occasion
 
Norbert
Vous rencontrez des difficultés en mathématiques
 
La gamine
J’aime pas les maths
 
Le père
Elle préfère ses romans
Ça lui passera
Par Compagnie Sambre - Publié dans : Textes des spectacles
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Mardi 3 juillet 2007 2 03 /07 /Juil /2007 16:53
La Compagnie Sambre est implantée dans le Val d'Oise depuis 1996.

De 1996 à 2001, elle est en résidence au Théâtre Jean Marais de Saint Gratien (95). Durant cinq ans, elle développe des actions artistiques en direction des populations, en lien avec son travail de création et en collaboration étroite avec le Théâtre Jean Marais dont Carole Thibaut est directrice de 1997 à 2001. La Cie Sambre a co-produit ainsi plusieurs créations de
compagnies
accueillies sur des résidences courtes au Théâtre Jean Marais.

Depuis janvier 2002, la Compagnie Sambre est implantée à 
l'Espace Germinal à Fosses (95) et axe sa recherche artistique autour de l'écriture théâtrale contemporaine. Cette résidence fait l'objet d'une convention signée avec la DRAC Ile de France, le Conseil Général du Val d'Oise, la Ville de Fosses et l'Espace Germinal, ainsi que du soutien  du Conseil Régional d’Ile de France
dans le cadre de la permanence artistique et culturelle.
La Compagnie Sambre a un rôle d'artiste associé à 
l'Espace Germinal
(prise en charge de l'action culturelle liée à l'activité théâtrale, programmation théâtre en commun, travail avec les écoles, plaquette de saison, stages…).

Depuis sa création, la Compagnie Sambre a réalisé
une quinzaine de spectacles
.

Chaque création fait l’objet d’un travail approfondi avec les publics, qui accompagne le processus de création à ses différents stades (répétitions ouvertes, rencontres, sensibilisation et ateliers, lectures, débats, stages). Ce travail en direction des publics est rendu possible par une association artistique sur la durée avec un lieu, mais il ne se limite pas au seul lieu d’implantation. Nous essayons autant que faire se peut de développer également ce type de rencontres dans le cadre de la diffusion de nos spectacles, en partenariat avec les lieux d’accueil. Ces rencontres approfondies avec les publics (et notamment ceux qu’on appelle à tort le "non-public") font partie intégrante de notre travail d’artistes, dès lors qu’il s’agit d’art vivant. Le théâtre, même dans sa forme la plus exigeante, doit pouvoir s’adresser à tous, non pas (comme certains l’affirment dans une forme de dérive populiste ou de lâcheté politique), en offrant des spectacles faciles à digérer, reposant sur le désormais incontournable "du rire et de l’émotion", mais en ouvrant les enjeux de la création à ceux qui sont trop souvent considérés à tort comme incapables de les comprendre.

La Compagnie Sambre est membre du
Synavi - SYndicat National des Arts Vivants.
Par Compagnie Sambre - Publié dans : Présentation Sambre
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